Dîner-débat : Quel avenir pour la médecine libérale ?

Le 6 mai dernier, Jean Paul Ortiz, médecin, néphrologue et Président de la Confédération des Syndicats Médicaux Français, nous a fait l’honneur d’introduire notre second dîner débat de l’année sur le thème de l’avenir de la médecine libérale.

« Le système de santé en France est singulier et riche. Singulier parce qu’il est un exemple pour de nombreux pays qui nous l’envie et tentent de le copier; singulier aussi parce que nous voyons bien à quel point il est difficile à conserver en l’état » déclare d’emblée Jean Paul Ortiz. Selon lui, les mutations de notre société sont innombrables, entraînant avec elle un changement du statut du médecin et de sa place en son sein même.

« 219 834 médecins dont 108 674 médecins libéraux, 1800 établissements privés de soins pour 972 publics, les médecins libéraux et tous les acteurs de la santé exerçant en libéral forment un tissu économique, de soins, d’innovation et de création, d’emploi important et incontournable » explique le Président. En nous sensibilisant sur ces chiffres, le Président Ortiz explique que si nous chiffrons le secteur de la médecine libérale, comme on chiffre le secteur industriel, il leur serait plus aisé de négocier mais aussi de trouver leur place dans les tables rondes.

Parce que, ce que revendique Jean Paul Ortiz, c’est qu’il y aurait un véritable manque de reconnaissance pour la médecine libérale: d’abord parce que « une consultation à 23 euros pour les généralises et 26 euros pour les spécialistes pour 10 ans d’études ce n’est pas suffisant ! », et notamment parce qu’ « à travers la loi du tiers payant généralisé, c’est une attitude consumériste que l’on encourage ». Jean Paul Ortiz précise donc son idée en expliquant que « l’hôpital ne doit pas être un stabilisateur social mais une structure d’offres de soins sur de réelles pathologies ».

Enfin, « en faisant entrer les complémentaires santé, dont les objectifs sont financiers, aux côtés de la médecine dont les objectifs sont de guérir et soigner, nous ouvrons la voie vers un nouveau système » s’inquiète le président. En effet, puisque l’Etat veut se désengager pour réduire sa dette, selon lui, nous allons assister à la montée des tarifs des complémentaires santé. « Irons nous vers un système à deux vitesses ? » s’interroge le docteur Ortiz, « celui des patients qui ont des complémentaires parce qu’ils travaillent ou ont les moyens de la payer ? Et ceux qui n’en auront pas parce qu’ils seront au chômage ou à la retraite ? ».

En conclusion, pour J-P. Ortiz, s’il y a de fortes chances que les complémentaires obtiennent rapidement les données de patients, pour en affiner leurs offres, on risque également de noter l’apparition de leur recommandations vers tel ou tel médecin conventionné.

Jean Paul Ortiz, a ensuite répondu aux nombreuses interrogations de l’assemblée, notamment sur la place de la médecine libérale dans la problématique de la démographie médicale, interrogé par Pierre Simon, néphrologue et président de la SFT-ANTEL, société française de la télémédecine. Comme pour son prédécesseur, Michel Chassang, JP-Ortiz ne compte pas revenir sur la liberté d’installation des médecins libéraux: « Nous ne sommes plus à l’heure des déplacements à cheval ». Selon le président de la CSMF, d’une part, aujourd’hui les français sont prêts à se déplacer, et d’autre part c’est l’avenir de la télémédecine qui en dépend.

Par ailleurs, la directrice adjointe de la CPAM d’Amiens, a interrogé notre orateur sur l’évolution des relations conventionnelles: vont-elles se renouer ? « Je suis très attaché au mécanisme conventionnelle, nous avons signé le contrat d’accès aux soins. Je suis isolé dans le concert des syndicats, je suis inquiet à la lecture de la loi santé! » lui rétorque le Président s’inquiétant d’une pseudo convention écrite avenue de Ségur.

Jean-Claude Mallet conclut en s’indignant que l’assurance maladie s’étatise au profit d’un gouvernement qui sanctuarise l’idéologie et la fin de la relation de confiance avec les partenaires sociaux.

S’adressant à Jean Paul Ortiz, il souligne enfin : « Merci, vous avez abordé les sujets sans faux fuyants, les questions ont été posées avec beaucoup d’honnêteté.»