Alain Rousset Président des Régions de France devant le CRAPS.

Pour le premier dîner-débat de l’année, le CRAPS a accueilli Alain Rousset, Président de la Région Aquitaine et de l’Association des Régions de France.L’ancien maire de Pessac avait déjà collaboré avec le CRAPS en cosignant avec Hervé Chapron, Jean-Claude Mallet et Thierry Schifano la tribune « Emploi : et si on essayait enfin les régions ? », publiée dans Les Échos en décembre dernier.

« Avec cet article, nous entrons dans le cœur d’un débat que la classe politique aurait intérêt à reprendre. Formuler le nom de République ne suffit pas à en faire d’elle une réalité » assène d’emblée Alain Rousset. Selon lui, il est illusoire de parler d’égalité, d’autant qu’on ne tend pas vers cet idéal, en témoigne les inégalités voire la déprise de certains territoires.

« Un tel niveau d’inégalité dans la répartition des richesses est pourtant en contradiction avec l’économie de marché. Il y a 7 millions de pauvres en France : c’est à la fois moralement choquant et pénalisant au niveau de la consommation » renchérit le Président de l’ARF, avant d’expliquer pourquoi les régions ont revendiqué l’accompagnement des chômeurs. « Tout d’abord, le système en place fonctionne t il ? Non, triplement non. Il suffit d’observer les centaines de milliers d’emplois non pourvus pour s’en rendre compte. » Le président de la Région Aquitaine constate une inégalité des moyens entre les territoires, et surtout une inadéquation entre les efforts fournis et la situation de l’emploi du territoire.

« Avec le service public de l’emploi en France, on a un système cher, dissémine et qui ne connaît pas l’entreprise, que voulez vous faire ? Tout le monde sait que ce système ne fonctionne pas, ce qui ne remet pas en cause les compétences ou l’investissement des employés de Pôle Emploi. Au contraire des entreprises des syndicats des associations, la puissance publique ne s’est pas réformée. Ce qui ne signifie pas qu’il faille un système du rabot comme l’avait fait le précédent président. » Le nombre de conseillers au service des chômeurs est proportionnellement plus faible en France que dans les autres pays européens. Comme il était souligné dans l’article paru dans Les Échos, 32% des effectifs de Pôle Emploi sont dédiés aux fonctions supports, contre 24% en Allemagne.

Alain Rousset exprime également sa lassitude vis-à-vis du système régalien, trop vertical, trop jacobin. Face à cela, les élus locaux ont dû s’adapter, en créant une multitude de dispositifs qui viennent renforcer le flou. « Il n’existe pas de sanction dans ce monde déconcentré, or il en faut dans notre système, la moindre des choses est d’assurer une responsabilité des collectivités. » Selon lui, la Région, qui accompagne la formation des chômeurs et les entreprises, est la plus à même de rassembler chômeurs et entreprises. « Il n’y a pas un autre modèle européen qui ne mette pas les régions en responsabilité dans l’accompagnement des chômeurs ! »

Au sujet du logement, Alain Rousset appelle à s’affranchir de la démagogie fiscale, illustrée selon lui par la loi Scellier. « Il serait préférable de remplacer cette loi « scélérate » par une aide accrue au logement social, dont le coût est bien moindre que la défiscalisation. » Le député de la 7e circonscription de Gironde considère qu’il est temps de transformer les aides passives, comme les niches fiscales, en aide active, à l’image des politiques mises en place dans les pays d’Europe du Nord.

« Le vrai clivage aujourd’hui en France n’est pas gauche/droite mais jacobins/girondins. »

Alain Rousset a ensuite répondu aux interrogations de l’assemblée, notamment sur l’absence de changement, pourtant maître-mot de la dernière campagne présidentielle. « La France n’a pas tant changé depuis l’Ancien Régime : les grands corps d’Etat ont réussi les concours et par conséquent, ils ont raison. L’Etat veut tout faire mais il n’est pas possible de s’occuper des négociations avec Vladimir Poutine, des pistes cyclables et de l’accompagnement des PME en même temps ! C’est douloureux pour moi, j’ai confiance en notre président mais le modèle est tel que tout est bloqué. »

Le président de l’ARF rappelle que la Banque Publique d’Investissement, récemment créée, est encore très centralisée. « On se demande pourquoi il n’y a pas d’ETI en France, alors que ce sont elles qui créent l’emploi. La PME allemande est en moyenne 10 fois plus accompagnée que sa concurrente en France », précise Alain Rousset. Or, les budgets des régions allemandes ou espagnoles n’ont rien à voir avec ceux des régions françaises.

Dans le domaine de la santé, la désertification médicale représente un des défis majeurs des territoires. « Il faut sécuriser les soins, ouvrir la formation de médecine au monde rural, pour qu’une fois venu le moment de l’installation, on obtienne une meilleure répartition des professionnels de santé. » Alain Rousset considère que ces derniers ont cependant des devoirs envers le système de sécurité sociale, qui pourraient se traduire par des mesures coercitives concernant l’installation des jeunes médecins.

Lorsqu’on lui fait remarquer que François Hollande est bien l’homme en charge des chômeurs, puisqu’il intègre cette responsabilité dans la balance électorale, Alain Rousset rétorque que l’Etat fait tout, est responsable de tout, ce qui entraine une déresponsabilisation généralisée. « Pourtant, quand on confie aux régions la reconstruction des TER, des collèges, il y a des résultats ! » Un constat que le président de la Région Aquitaine aimerait élargir. « Le problème du chômage n’est pas uniquement macroéconomique. Il y a un défaut de maillage entre chômeurs et entreprises. Dans le monde privé, les responsabilités vous obligent à réussir. Aujourd’hui, un directeur régional de Pôle Emploi devrait  être comptable de ses résultats, ce qui n’est pas le cas. Si nous étions responsables du taux de chômage, cela nous donnerait une énergie supplémentaire. »

Hervé Chapron retient de cette intervention une mise en cause du manque d’évaluation de politiques publiques, mais comment les évaluer et les sanctionner, au-delà des urnes ? « J’ai supprimé le clientélisme et le saupoudrage, pour faire en sorte de passer d’une politique de subventions à une vraie politique », déclare Alain Rousset. Pour lui, évoluer dans la proximité est en soi une évaluation. « S’il échoue, un haut fonctionnaire peut être muté. Pour les élus locaux, c’est une autre histoire ! Les citoyens ne vous passent rien ! ».

Jean-Claude Mallet conclut en rappelant que le CRAPS rassemble des personnes d’horizons différents, permettant de bien travailler, réfléchir et de faire des propositions. S’adressant à Alain Rousset, il précise enfin : « Nous apprécions votre liberté de parole, qui doit vous valoir quelques soucis…»