Y Generation Education : l’intelligence artificielle au service de la formation professionnelle

Y Generation Education, société fondée par trois jeunes français, participe au Google Impact Challenge. Sélectionnés pour la phase finale de la compétition, ils espèrent remporter la bourse de Google dont le montant s’élève à 500.000$. Leur idée : mettre l’intelligence artificielle au service de la formation professionnelle.

Y Generation Education est le projet de trois jeunes Français participant au Google Impact Challenge, compétition durant laquelle les internautes peuvent voter pour leur projet préféré. Celle-ci prend fin mercredi 7 octobre. À la clé, un prix de 500.000 dollars. L’idée de Ludovic de Gromard, Loïs Warner et Clémence Coghlan, les trois co-créateurs de l’entreprise, semble simple sur le papier: former les jeunes du monde entier avec l’aide d’une intelligence artificielle afin qu’ils puissent devenir des collaborateurs efficaces en entreprise. Petits poucets des dix participants retenus pour cette dernière phase, la société a déjà été contactée par Pôle Emploi en France et est testée au Brésil par Danone et Renault. «Là-bas, 70% des entreprises estiment que les jeunes diplômés n’ont pas les compétences requises» explique Ludovic de Gromard.
Diplômé de l’Essec et détenteur d’un MBA en entreprenariat social, ce dernier a eu l’idée de Y Generation Education au cours d’une mission chez Saverglass, un producteur de bouteilles situé aux Émirats Arabes Unis. «L’une de mes tâches au sein de l’entreprise était de recruter 180 nouveaux collaborateurs», explique-t-il. «Pour cela j’ai dû procéder à près de 1200 entretiens en Asie et au Moyen-Orient.» Une fois face aux candidats, il observe très rapidement que ces derniers n’ont pas les compétences de bases pour travailler efficacement. «C’est pareil partout dans le monde, aux USA comme en Inde. C’est ce qui ressort des échanges que nous avons eus avec 25 entreprises, dans tout type de secteur», déplore-t-il.
Les difficultés ne concernent pas les compétences techniques des personnes à proprement parler mais plutôt leur capacité à résoudre des problèmes simples, à extraire les informations des textes et à communiquer avec leurs collègues et leur hiérarchie. «Dans beaucoup de systèmes scolaires, si vous avez 12/20, vous pouvez passer à l’étape supérieure. Sauf que dans le monde professionnel, 12/20 c’est loin d’être suffisant», explique Ludovic de Gromard. «En entreprise, vous devez être à 95%, au moins». C’est ici qu’intervient Y Generation Education.
L’intelligence artificielle au coeur du projet

Le projet des Français repose sur trois piliers. Tout d’abord l’intelligence artificielle, qui est le coeur du système. Celle-ci a été développée par Core Skills Mastery Learn, société implantée dans le Colorado. «C’est la seule qui travaille sur toutes les compétences fondamentales et socio-émotionnelles nécessaires pour l’insertion professionnelle des individus» explique Ludovic de Gromard. Mais cette intelligence artificielle, aussi adaptative et perfectionnée soit-elle, n’est pas seule dans sa tâche. Elle est accompagnée par un «facilitateur», un être humain chargé d’aider les personnes venues suivre une formation en cas de difficulté. «C’est ce qui nous différencie des MOOC, qui ne sont que des cours vidéos faits par des universitaires. Avec nous, tout est basé sur le texte, on apprend à comprendre le texte», explique le jeune créateur.
Deuxième axe de la méthode, le peer to peer learning, c’est-à-dire l’apprentissage de pair à pair. Les personnes poursuivant la formation sont poussées, à la fois par l’intelligence artificielle et par les facilitateurs, à s’entraider, à interagir entre elles, à s’expliquer ce qu’elles ont lu. «Il s’agit d’apprendre à repérer les réactions des autres, de comprendre quels sont les schémas de pensée de la personne d’en face et de s’adapter en conséquence», raconte Ludovic de Gromard.
Dernier aspect, le coaching individuel, prodigué par une personne physique. «On souhaite que les individus qui bénéficient du programme dépassent les barrières psychologiques à l’apprentissage», détaille Ludovic de Gromard. «Il faut qu’ils sachent quel est leur rôle dans l’entreprise, quel est le sens d’une carrière, ce qu’est la loyauté au travail». De quoi, selon lui, changer radicalement la productivité, l’épanouissement au travail et le bonheur personnel des (futurs) employés.
La stratégie économique du trio est double. Il s’agit en premier lieu de vendre la méthode à des entreprises, puis de permettre à des individus de pouvoir se former dans des centres agréés contre une somme modique, «inférieure à un salaire mensuel», tient à préciser Ludovic de Gromard. La cible du programme concerne les 16-30 ans, tranche d’âge totalement délaissée dans le secteur de la formation professionnelle, d’après ce dernier.
Y Generation Education, dont le président d’honneur est Mohammed Yunus, prix Nobel de la paix, espère empocher le prix mis en jeu par Google. «C’est exactement la somme qui nous manque pour nous lancer pour de bon», souligne Ludovic de Gromard.

Source : Le Figaro