Vieillissement : quand le normal fait place au pathologique

L’allongement important de la durée de vie s’accompagne, malheureusement, d’un nombre de plus en plus fréquent d’incapacités et d’inégalités.

« Vieillissement et fragilités » sont au menu du Bulletin épidémiologique hebdomadaire publié ce mardi. Et dès la première phrase de son éditorial, Claudine Berr, la directrice de recherche, Inserm U 1061, université de Montpellier, donne le ton : « L’allongement important de l’espérance de vie que nous observons maintenant depuis plusieurs décennies va de pair avec une part de plus en plus importante d’incapacité. Et c’est pourquoi comprendre cette évolution démographique et en suivre les évolutions est nécessaire pour anticiper l’ampleur du phénomène qui déferle sur nos sociétés occidentales. » Qui plus est, cet allongement est une source de nouvelles inégalités entre hommes et femmes. Alors qu’en 2015, ces dernières pouvaient espérer vivre 6 ans de plus que leurs compagnons, une nouvelle étude montre que ces années supplémentaires ne sont pas synonymes de bonne santé.

Avec l’âge, précise Claudine Berr, le pathologique devient plus fréquent que le « normal ». L’hypertension artérielle (HTA), par exemple, affecte plus de 70 % des plus de 65 ans, le « normal » n’étant alors plus une réalité que pour moins de 30 % des seniors. Mais les seuils utilisés pour définir l’HTA varient beaucoup selon les classifications, qui ont aussi beaucoup évolué au cours des 30 dernières années. Ce qui influence considérablement la proportion de personnes considérées comme hypertendues. « On peut alors se demander comment appréhender au mieux le vieillissement dans les études épidémiologiques : sous l’angle des pathologies ou au travers d’un concept plus global, comme celui de fragilité », écrit la spécialiste. « On préférera l’une ou l’autre approche selon l’intérêt, les objectifs des études, mais aussi selon que la question posée est de nature médicale, médico-sociale, préventive ou curative. »

Déclin

Dans le même numéro du BEH, une autre équipe s’est justement penchée sur les conséquences de cette fragilité sur la consommation de médicaments. Le terme est utilisé en gériatrie « pour définir la conséquence clinique du déclin d’une multitude de fonctions physiologiques au cours du vieillissement, dont le cumul expose la personne âgée à un risque accru de chute, d’hospitalisation, de déclin fonctionnel et de décès », précise-t-elle d’emblée.

En analysant les résultats de plusieurs études, les auteurs arrivent au chiffre suivant : la dépense de pharmacie d’un individu « fragile » est, en moyenne, plus élevée de 287 euros par an que celle d’une personne « robuste ». Et, à nombre de molécules égal, les sujets perçus comme « fragiles » se voient délivrer en moyenne 17 boîtes de médicaments supplémentaires par an. Les médecins vont devoir s’adapter, car avec l’arrivée sur le « marché » du vieillissement des baby-boomers, le nombre d’individus très âgés, dépassant les 90 ans, va augmenter de façon quasi exponentielle.

Source : lepoint.fr