Vaccination par les pharmaciens : il va falloir attendre

Les députés proposent que les pharmaciens puissent procéder à des vaccinations afin d’améliorer la couverture vaccinale en France, anormalement basse.

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Le vaccin pour la grippe à portée de main ? Le Parlement a décidé, mardi 18 octobre au soir, lors de l’examen en commission des affaires sociales du projet de budget de la Sécurité sociale, d’autoriser à titre expérimental les pharmaciens à procéder à des vaccinations contre la grippe afin d’améliorer la couverture vaccinale.

Les députés ont ainsi adopté un amendement de la députée socialiste Michèle Delaunay, rapporteure pour l’Assurance maladie, qui stipule :

« L’État peut autoriser, à titre expérimental et pour une durée de trois ans, le financement […] de l’administration par les pharmaciens du vaccin contre la grippe saisonnière aux personnes adultes. »

Ce décret doit fixer les conditions d’application de cette expérimentation, notamment en ce qui concerne les modalités de formation des pharmaciens.

Endiguer la « défiance » pour les vaccins

L’exposé des motifs de l’amendement, qui devra être à nouveau voté dans l’hémicycle la semaine prochaine, pointe « l’insuffisance de la couverture vaccinale en France chez les adolescents et les adultes » et la « défiance » pour les vaccins, ce qui conduit à « l’extension des maladies infectieuses ».

Le taux de vaccination, anormalement bas en France, pose effectivement un réel problème. Pour la grippe, « seulement 48% des assurés à risque se sont fait vacciner en 2015-2016, soit un recul de plus de 14 points depuis 2009 », poursuit l’amendement. Il souligne que « si la couverture vaccinale était de 75%, 3.000 décès seraient évités chez les personnes de 65 ans et plus ».

Selon un sondage de l’institut Odoxa, commandé par l’Ordre des Pharmaciens près de 6 Français sur 10 se disent « plutôt favorables » à la vaccination des adultes par les pharmaciens, en ce qui concerne la grippe.

L’amendement souligne que la vaccination par les pharmaciens se fera « en complément des autres professionnels de santé habilités, et non à leur détriment ».

Les médecins contestent

Un argument qui ne satisfait pas les médecins. En effet la confédération des syndicats médicaux français (CSMF) pose le problème du manque de vaccination en France différemment :

« Est-ce que la solution réside dans la multiplication des lieux de vaccination ? », s’interroge un communiqué de la CSMF, avant de répondre : « Certainement pas ! »

Pour contrer l’argument, les médecins rappellent que les infirmières procèdent déjà à des vaccinations et que cela n’a pas fait augmenter le taux de couverture vaccinale.

Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, syndicat majoritaire chez les médecins libéraux préconise plutôt de renforcer « un dialogue singulier et [d’]établir une véritable confiance du patient en son médecin ».

Pour cela le Jean-Paul Ortiz propose deux choses :

« Mettre en place de vraies consultations de préventions avec un contenu valorisé et permettre aux médecins d’avoir d’avantage de vaccins à leur disposition. »

La Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) déclare pour sa part que cette décision n’a rien d’officiel. Une responsable syndicale déclare à « l’Obs » : « La loi n’est pas passé au Conseil constitutionnel [qui pourra être saisi pour vérifier la conformité du texte après son adoption par les deux assemblées, NDLR]. Si elle passe, elle ne sera pas efficiente avant six mois et les vaccinations se feront uniquement à titre expérimental dans un département. »

Source : tempsreel.nouvelobs.com