Un nouveau service de télémédecine pour le dépistage de patients diabétiques

Comment réduire les délais d’obtention de rendez-vous chez un ophtalmo pour les diabétiques ? La télémédecine pourrait s’imposer comme une réponse à cette question, notamment avec le lancement de la plateforme E-ophtalmo.

Pour mémoire, l’atlas de la démographie médicale en France, publié récemment par le Conseil National de l’Ordre des Médecins, faisait état d’un recul de 5,4 % du nombre d’ophtalmologistes en France entre 2007 et janvier 2016, soit 5 091 professionnels. Les projections ne sont pas rassurantes compte tenu de la pyramide des âges. Le vieillissement de la population des ophtalmologistes est avéré : 2 904 ont plus de 55 ans et la relève se fait attendre : 347 ont moins de 34 ans. Et les mesures récentes prises par le gouvernement pour la filière visuelle ne vont pas arranger la situation.

Cette conjoncture, gênante pour les patients en général, peut s’avérer dangereuse pour les diabétiques qui doivent réaliser un fond d’œil tous les ans pour détecter la rétinopathie diabétique. Mais nombre de malades y renoncent et mettent en péril leur santé visuelle.

L’ophtalmologiste Chaker Nefzaoui, qui exerçait au CHU de Saint-Etienne, a imaginé une solution : E-ophtalmo, le premier service de télémédecine pour le dépistage de la rétinopathie diabétique. Le Dr Chaker Nefzaoui et son associé Philippe Joos, ingénieur de l’Institut d’Optique Graduate School et titulaire d’un Master 2 Optique Image Vision à l’Université Jean Monnet de Saint-Etienne, travaille sur ce projet depuis plus d’un an avec le soutien de l’Espace Partenarial R&D de l’Ecole des Mines de Saint-Etienne (42). « Nous proposons un nouveau parcours de santé où des orthoptistes, plus disponibles que les ophtalmologistes, vont réaliser les examens et transmettre les clichés à un ophtalmologiste pour analyse », résume Philippe Joos.

E-ophtalmo est donc une plateforme qui permettra d’organiser le réseau de soins et l’échange de données entre les professionnels de santé. En pratique, le patient diabétique, muni d’une ordonnance de son généraliste ou de son diabétologue, aura accès à un annuaire des orthoptistes pour prendre rendez-vous. Une fois l’examen réalisé, l’orthoptiste télétransmettra sur l’hébergeur des données de santé, les clichés du fond d’œil qui seront étudiés par un ophtalmologiste référencé sur E-ophtalmo. « Le délai pour rencontrer un orthoptiste ne devrait pas excéder un mois. Nous espérons même pouvoir le réduire à une semaine. Ensuite, entre l’examen et le diagnostic, le délai maximal est de 7 jours. Le compte-rendu de l’ophtalmologiste sera envoyé au généraliste, au diabétologue, à l’ophtalmologiste qui suivent le patient », détaille Philippe Joos. Les associés réfléchissent aussi au moyen de transmettre les informations directement au patient. L’envoi par mail, pour des raisons de sécurité, étant exclu.

Le patient diabétique peut être remboursé dans les mêmes conditions tout comme les professionnels de santé seront payés par la Sécurité sociale. Depuis mars 2014, la loi autorise, en effet, un nouveau dispositif de dépistage de la rétinopathie diabétique : les orthoptistes peuvent réaliser les images du fond d’œil et les télétransmettre aux ophtalmologistes pour interprétation.

La plateforme E-ophtalmo entrera en expérimentation d’ici la fin de l’année en région Rhône-Alpes ainsi qu’à Paris, Toulon, Toulouse… « Nous devons valider le modèle économique et le fonctionnement du nouveau parcours de soins avant d’envisager un déploiement national courant 2017 », affirme Philippe Joos.

Pour être opérationnel, E-ophtalmo devra surtout aider les orthoptistes à s’équiper d’un rétinographe, dont le coût moyen est de 20 000 €. L’entreprise négociera un tarif réduit et pourra faciliter le financement. « Nous allons également nous rapprocher des centres de santé qui sont déjà équipés », ajoute le dirigeant-associé.

Si le modèle doit encore faire ses preuves, E-ophtalmo inaugure concrètement la délégation de tâches et la télémédecine. « Aujourd’hui, les actes de télémédecine pris en charge par la Sécurité sociale sont limités, mais à terme ils vont se développer. Nous pouvons imaginer le recours à E-ophtalmo pour le dépistage du glaucome, de la DMLA voire la prescription de lunettes », conclut Philippe Joos.

Source : acuite.fr