Un médecin travaillant pour un industriel devra déclarer son activité

Martin Hirsch, directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, a également annoncé que les praticiens seront soumis à une autorisation de travail.

Martin Hirsch, directeur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, a annoncé dans un entretien au Monde paru lundi que tout médecin appartenant à l’établissement ayant une activité rémunérée « au profit d’un industriel » devra la déclarer et qu’elle sera « soumise à autorisation ».

Il présente les conclusions d’un rapport visant à mieux prévenir les conflits d’intérêts au sein de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), alors qu’une polémique s’est développée autour du pneumologue Michel Aubier, accusé d’avoir caché aux sénateurs ses liens avec l’industrie pétrolière. Les données sur cette activité au profit d’une entreprise « seront centralisées dans une base unique, de telle sorte qu’on puisse faire de la prévention », précise-t-il.

Mettre fin à un système

Le rapport, rédigé par un groupe de travail comprenant des médecins et cadres de l’établissement, des universitaires et des personnalités extérieures, préconise également le remplacement des « associations de service » créées par des médecins et qui « sont des réceptacles à des financements de laboratoires avec peu de contrôle », selon le patron de l’AP-HP. « Est-il sain, interroge le rapport, d’avoir dans un établissement public des centaines d’associations domiciliées, pas toutes identifiées, dont les sources de financement ne sont pas connues ? » « Au moins 400 » associations ont été recensées, précise Martin Hirsch.

Pour mettre fin à ce système, « nous avons une Fondation AP-HP pour la recherche, laquelle peut centraliser les financements extérieurs et les redistribuer », ajoute-t-il. Le rapport prône également « une application plus stricte et plus systématique de la réglementation » sur les activités dites « accessoires » (rémunérées en plus des activités principales). Il propose que les autorisations ne soient données que pour un an et que le temps consacré par le médecin à ces activités soit plafonné.

L’introduction d’un « tiers neutre » entre l’industriel et le praticien

Autres pratiques visées par le rapport : les présentations de nouveaux produits par des visiteurs médicaux, qui devraient être effectuées « en présence d’un senior », et le mode de financement des « moments de convivialité », c’est-à-dire des « pots », souvent « pris en charge par des entreprises du secteur de la santé » et à l’origine de « fidélités » pouvant durer « jusqu’à la fin de la carrière ». Les participations à des congrès professionnels sont également abordées par ce rapport, qui propose l’introduction d’un « tiers neutre » entre l’industriel et le praticien.

La question des conflits d’intérêts au sein de l’AP-HP est revenue dans l’actualité après les déclarations du pneumologue Michel Aubier, ancien chef de service à l’hôpital Bichat à Paris, qui a reconnu le 18 mars devant la commission d’enquête du Sénat qu’il touchait de 50 000 à 60 000 euros par an du groupe pétrolier Total depuis la fin des années 1990. « Je n’ai aucun lien d’intérêt avec les acteurs économiques », avait pourtant déclaré le 16 avril 2015 sous serment Michel Aubier devant la commission.

Source : lepoint.fr