Un «hommage à une médecine en train de disparaître» en avant-première aux Stars

Le film « Médecin de campagne » sera projeté mardi en avant-première aux Stars en présence de son réalisateur Thomas Lilti, lui-même médecin et à qui on doit déjà « Hippocrate ». Interview de ce dernier, autour de la question de la désertification médicale. Un sujet qui lui tient à cœur.

Pourquoi avoir choisi ce sujet des médecins de campagne ?

« À la fin de mes études de médecine hospitalière, je suis parti faire des remplacements à la campagne, en Normandie. Ces années m’ont profondément marqué, transformé même…

Je voulais aussi sortir de la médecine de l’hôpital, raconter la campagne. C’est un film sur la communauté, des gens qui vivent ensemble, et qui ont parfois le sentiment d’être isolés, oubliés des pouvoirs publics. »

Le médecin de campagne joue un rôle très important…

« Oui. C’est aussi un assistant social, un confident, un ami, quelqu’un qui connaît parfois les secrets de famille. Il pratique une médecine très humaine, de l’écoute et du partage. C’est une pierre angulaire d’un village. Il va aussi la nuit, sur des urgences, chez les personnes âgées qui ne peuvent plus se déplacer… Cette médecine exige beaucoup de sacrifices, ce qui explique que peu de jeunes médecins veuillent s’installer à la campagne. »

Votre film évoque aussi la question de la désertification médicale

« Ce n’est pas le thème principal mais c’est au cœur du film. Ça me préoccupe. Ce métier est en train de disparaître, comment va-t-on faire ? Il y a un vrai échec dans la formation des médecins, et de la part des pouvoirs publics. C’est une calamité. Aucune solution politique n’a prouvé son efficacité jusqu’à présent. Mon film est une sorte d’hommage à une médecine en train de disparaître. »

Que faudrait-il faire ?

« Il n’y a pas de solution miracle. Il faut des solutions locales. À la fois des subventions pour donner envie de s’installer, des mises en réseaux… Cela peut-être des maisons de santé mais elles ne sont en général efficaces que quand le projet est porté par les soignants eux-mêmes qui ont le désir de se regrouper ; pas par les pouvoirs publics. Mais dans les zones très isolées, c’est de toute manière très compliqué. La seule solution, c’est le médecin de campagne qui pratique seul. »

Le problème se situe aussi au niveau de la formation ?

« Quatre-vingt pour cent de la formation des jeunes médecins se passe à l’hôpital : ils n’ont aucun contact avec la médecine de campagne et la médecine libérale ! Je crois qu’il faudrait qu’une grande partie se déroule dans des maisons de santé avec des médecins de campagnes qui seraient aussi des enseignants. Ça leur donnerait peut-être envie… »

Y a-t-il aussi un problème de numerus clausus ?

« Je ne crois pas, car on forme plus de médecins actuellement qu’hier. Par contre, seuls un ou deux sur dix vont vers la médecine libérale (pour des raisons de confort de travail, d’horaires, de salaires mensuels, etc.). Et aujourd’hui, plus de 60 % des étudiants en médecine sont des femmes. Il y a un changement sociologique important. »

Source : lavoixdunord.fr