Travail, visa, santé : les questions que vous vous posez sur le Brexit

Les Français travaillant au Royaume-Uni pourront-ils rester en cas de sortie de l’UE ? Les Britanniques expatriés en France pourront-ils continuer à s’y soigner ? Faudra-t-il un visa pour partir en week-end à Londres ? Le Figaro vous donne des éléments de réponse.

Projetons-nous dans le futur: vendredi matin, les Britanniques ne font plus partie de l’Union européenne, plus de quarante ans (1973) après l’avoir intégrée. Quelles conséquences pour les Français et notamment ceux qui vivent au Royaume-Uni? Voici un florilège de quelques questions que vous serez sans doute amenés à vous poser dans trois jours en cas de Brexit (contraction des mots «British» et «exit», donc sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne). En sachant qu’il ne se passera a priori rien vendredi. Selon l’article 50 du traité de Lisbonne, les négociations pourront durer jusqu’à deux ans.

Que va-t-il arriver aux Français travaillant au Royaume-Uni en cas de Brexit ?

Quelques 300.000 Français vivent actuellement au Royaume-Uni. Aujourd’hui, un expatrié français n’a pas besoin de permis de travail pour pouvoir travailler outre-Manche. La possibilité d’un Brexit laisse ces expatriés dans le flou. Vont-ils devoir obtenir un permis pour pouvoir continuer à travailler? Y aura-t-il une différence entre les Français déjà présents au Royaume-Uni et ceux qui souhaitent s’y rendre? «Il n’y a pour l’instant aucune réponse concrète, résume Alexandre Terrasse, avocat associé au cabinet Edwin Coe LLP. La logique suggérerait que les ressortissants déjà présents pourraient rester car ils sont créateurs de richesses pour le Royaume-Uni».

Deux hypothèses s’affrontent. Le Royaume-Uni pourrait, en cas de Brexit, appliquer la même règle à tous les pays et compliquer davantage les conditions d’entrée et de travail sur le territoire britannique. Dans ce cas, les expatriés devraient demander une carte de résidence. Autre possibilité: le Royaume-Uni formule des accords bilatéraux avec chaque pays. La France, partenaire commercial privilégié, pourrait alors bénéficier d’accords favorables. Cela signifie aussi que le Royaume-Uni pourrait, sur le papier, durcir certaines conditions envers des pays ciblés, et ainsi faire des différences entre ses partenaires. «Cela serait très difficile à faire passer, car cela pose des questions éthiques et politiques, nuance Alexandre Terrasse. On passerait à un discours discriminant, qui provoquerait certainement des frictions».

Quant à la situation des Britanniques expatriés dans un pays de l’Union européenne, la situation n’est pas claire non plus. «Tout dépendra de leur pays d’accueil, note l’avocat. Il y a environ deux millions de Britanniques à l’étranger».

Voyager au Royaume-Uni sera-t-il aussi facile ?

Pour l’instant, les Français n’ont besoin que d’une carte d’identité pour rentrer dans le pays. En cas de sortie du Royaume-Uni, cette facilité d’accès pourrait disparaitre. «Encore une fois, la réponse à cette question n’est pas définie, précise Alexandre Terrasse. Les expatriés pourraient avoir besoin d’un visa touristique».
Quant à savoir si les tarifs de l’Eurostar vont augmenter, là encore, la réponse est floue. «L’issue du vote, et ses potentielles implications, étant inconnue de tous, il nous n’est pas possible de prédire les conséquences pour Eurostar», explique le groupe au Figaro.

Les Britanniques pourront-ils toujours se soigner en France ?

Pas si sûr. Sur les quelques 200.000 Britanniques résidant en France, près de 70.000 sont des retraités. Ils s’inquiètent des conséquences d’un éventuel Brexit sur leurs frais de santé. Ces derniers sont actuellement couverts par le Royaume-Uni via le National Health Service, le service public de santé. «Aujourd’hui, il existe des accords au sein de la communauté européenne pour que les ressortissants puissent bénéficer de soins dans leur pays d’accueil», explique Alexandre Terrasse.

En cas de sortie du pays de l’Union européenne, il y a un risque pour que ces frais ne soient plus payés par le Royaume-Uni. Les résidents qui ne viennent pas de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, comme potentiellement les Britanniques, pourraient avoir à payer une contribution financière pour pouvoir accéder au NHS. «Il est évident qu’en cas de Brexit, le Royaume-Uni ne fera plus partie du tissu législatif de l’Union européenne. Ces questions devront donc être traitées de manière bilatérale, pour l’instant elles n’ont pas de réponse», ajoute-t-il.

Les produits français seront-il davantage taxés au Royaume-Uni ?

Tout dépend du type de régime que négociera le Royaume-Uni avec l’Union européenne. En cas du retour des barrières douanières, le Royaume-Uni n’aura plus accès au marché intérieur européen. Ses produits seront donc taxés pour rentrer en Europe et inversement, les produits européens – donc français – le seront aussi sur le territoire britannique. A l’inverse, le pays pourrait rejoindre l’Espace économique européen comme l’Islande ou la Norvège et ainsi conserver son libre accès au marché. En contrepartie, les Britanniques devraient respecter ses règles contraignantes sans participer à leur élaboration et verser une forte contribution financière.

Source : lefigaro.fr