TÉLÉMÉDECINE : LES HÔPITAUX RÉCLAMENT LEUR PART DU GÂTEAU

La Fédération hospitalière de France (FHF) a présenté mercredi ses propositions pour « déverrouiller » la télémédecine. Pour les financer, elle réclame une tranche de PLFSS, accompagnée d’un morceau de la « stratégie e-santé 2020 » de Marisol Touraine.

La télémédecine fait partie des sujets sur lesquels le nombre des discours est inversement proportionnel à celui des réalisations sur le terrain. Les six propositions de la Fédération hospitalière de France (FHF) en la matière, dévoilées hier lors de son université d’été, vont-elles inverser la tendance ? Depuis le temps qu’on attend le décollage de la télémédecine, on ne peut que l’espérer.

« Il faut que ça se débloque », explique à What’s up Doc David Gruson, délégué général de la FHF. D’après lui, la télémédecine se trouve dans une situation paradoxale : alors que le cadre juridique qui l’organise est en place depuis la loi HPST de 2009, elle souffre toujours d’une absence de financements pérennes et stable.

Les hôpitaux en sont donc réduits à fonctionner avec des bouts de ficelles. Mais ils le font dans l’enthousiasme : lors de la présentation de sa stratégie à son université, la FHF a revendiqué « plusieurs centaines d’expérimentations menées et de projets en cours. »

Pour faire de la télémédecine, il faut trois choses

Les propositions de la FHF (voir ci-dessous), sans surprise, sont surtout d’ordre financier. Il s’agit notamment de « reconnaître sur le plan législatif, dès le PLFSS [Projet de loi de financement de la sécurité sociale, ndlr] pour 2017, le principe de la tarification à l’activité […] pour la télémédecine.»

La FHF précise que cette tarification doit se faire « sur la base du tarif existant par l’activité médicale correspondante « en présentiel » ». En clair, un télé-acte doit être payé comme un acte classique.

En plus du PLFSS, la FHF vise la manne financière de la stratégie e-santé 2020, annoncée par Marisol Touraine au début de l’été et assortie d’un plan d’investissement de 2 milliards d’euros. « La FHF avait accueilli ce plan de manière positive sur le principe », explique David Gruson, « mais nous estimons qu’il est nécessaire de le compléter par un volet sur la télémédecine ».

Les GHT carbureront à la télémédecine

Car pour le délégué général de la FHF, l’enjeu est crucial. « La télémédecine est un corollaire impératif aux GHT [Groupements hospitaliers de territoire, qui rassemblent plusieurs établissements autour d’un projet commun, ndlr] », affirme-t-il. « Cela nous permettra de mieux positionner les ressources. »

La FHF nous promet donc un avenir radieux, dans lequel un praticien pourra exercer ses talents dans tous les établissements de son GHT, sans quitter son bureau. On ne demande que ça ! Mais au fait, comment passe-t-on du rêve à la réalité ?

« Nous allons mettre en forme ces propositions de manière à ce qu’elles puissent être reprises en l’état dans le PLFSS », annonce David Gruson. « Nous espérons que le gouvernement entendra cet appel, et si ce n’est pas le cas, nous serons en contact avec nos correspondants parlementaires pour les débats dans l’hémicycle. »

Les six propositions de la FHF pour « déverrouiller la télémédecine »

1. Reconnaître sur le plan législatif, dès le PLFSS pour 2017, le principe de la tarification à l’activité […] pour la télémédecine […]. Par principe, cette rémunération s’effectuerait – au moins – sur la base du tarif existant par l’activité médicale correspondante « en présentiel ».

2. Prévoir […] des modalités financières plus incitatives pour tenir compte des spécificités de certaines filières médicales (ex : télé-imagerie) ou valoriser des éléments particuliers d’organisation (mobilisation de temps paramédical, organisations dans le domaine du vieillissement et du handicap).

3. Accompagner les établissements dans la structuration de volets télémédecine des projets médicaux partagés en cours d’écriture dans le cadre des GHT […].

4. Engager une nouvelle étape d’aide à l’investissement des établissements dans les équipements et matériels de télémédecine dans le cadre du plan de 2 milliards d’euros annoncé par la ministre […].

5. Mettre en œuvre une évaluation médico-économique en continu afin de pouvoir mesurer au fil de l’eau les effets produits (valorisation des actes tarifés à comparer aux gains de qualité pour les patients et aux gains d’efficience pour le système de soins). Les expériences de terrain recueillies par la FHF montrent, à ce stade, l’ampleur des gains d’efficience mobilisés.

6. Assurer la formation des professionnels de santé qui s’engageront dans les pratiques de télémédecine […].

Source : Whatsupdoc-lemag.fr