Stérilet Mirena, les femmes doivent-elles s’inquiéter ?

De plus en plus de femmes se plaignent des effets indésirables liés à la pose d’un stérilet Mirena. Qu’en pensent les professionnels de la santé ? 

Vertiges, crise d’angoisse, pertes de cheveux et de libido… De nombreuses femmes se plaignent des effets secondaires liés, selon elles, à la pose du stérilet Mirena. Mais alors quels sont les risques, faut-il s’en inquiéter ? Que disent les professionnels de la santé ?

Comment est née la polémique ?

Le stérilet Mirena est fabriqué et commercialisé par le laboratoire Bayer depuis près de 20 ans. Il est utilisé pour la contraception ou pour traiter des règles trop abondantes. Contrairement aux stérilets en cuivre classiques, il s’agit d’un stérilet hormonal. 

En France, des patientes ont créé il y a deux mois, un groupe Facebook intitulé « Victimes du stérilet hormonal Mirena« , pour échanger sur les effets indésirables de ce mode de contraception. Alors que le groupe comptait jusqu’à présent peu de membres, les témoignages ont explosé suite à la publication d’un article de TV5Monde sur le sujet. 

« On s’est retrouvé avec plus de 1000 demandes d’adhésion, explique Marie Le Boiteux, administratrice du groupe Facebook, on s’est rendu compte que le problème était beaucoup plus important que ce que l’on croyait ». 

Aujourd’hui, le groupe compte près de 9 000 témoignages de femmes victimes de vertiges, de perte de libido, et qui associent leur mal-être à la pose du stérilet Mirena. Marie Le Boiteux a d’ailleurs été l’une des premières à témoigner. Son enfer a commencé il y a quatre ans : 

« Je portais des stérilets depuis 20 ans sans problème. Un jour, ma gynécologue m’a conseillé le Mirena pour plus de confort. Je me suis laissée convaincre. La première année, tout s’est plutôt bien passé, mais à partir de la seconde année, j’ai commencé à faire des crises d’angoisse très fortes alors que je n’étais pas du tout sujette à cela. Puis j’ai commencé à déprimer, à devenir irritable et à avoir de très fortes douleurs au sein ». 

Inquiète, elle décide d’en parler à sa gynécologue qui lui répond de ne pas s’inquiéter. Mais son état de santé ne s’améliore pas :

« J’ai commencé à être vraiment malade, à avoir des vertiges au point de ne plus pouvoir aller travailler ou de m’arrêter en urgence sur le bord de la route quand je conduisais ». 

Elle consulte alors un généraliste, puis un naturopathe et enfin un homéopathe qui lui met la puce à l’oreille. Et si c’était le stérilet ? Elle décide donc de se le faire retirer mais sa gynécologue refuse. Elle change de spécialiste qui lui, accepte de le retirer, il y a tout juste deux mois. « Tous les symptômes pathologiques ont disparu d’un seul coup. Je n’ai plus de douleurs, plus de vertiges, rien ». 

Quelles sont les actions mises en place ? 

Ces plaintes, qui connaissent une recrudescence particulière en France, ne sont pourtant pas nouvelles. Dans d’autres pays européens, des femmes ont déjà tiré la sonnette d’alarme sur les effets indésirables du Mirena, ce qui a conduit l’Agence nationale de sécurité du médicament à ouvrir une enquête : 

« Nous regardons de près les nouveaux effets indésirables, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas inscrits sur la notice de précaution du médicament, et dont les femmes se plaignent : comme l’anxiété, les vertiges, la fatigue. Notre travail est de recueillir toutes ces informations, d’en faire l’inventaire dans l’ensemble des pays concernés et d’en déterminer les causes. L’analyse a d’ailleurs déjà bien avancé, on devrait avoir les premiers résultats au mois de juin », explique l’ASNM. 

Une décision sera établie en fonction des risques identifiés : 

« Dans un cas extrême, on peut retirer le médicament du marché. Cela se produit lorsqu’il y a davantage de risques que de bénéfices attendus. Mais on peut aussi le contre-indiquer à tel ou tel type de patientes par exemple, limiter sa diffusion à une catégorie de personnes ou encore repréciser les notices de précaution. C’est tout l’objet de ces évaluations : identifier le problème et voir dans quelle mesure on peut le prendre en compte », explique-t-elle encore. 

A son échelle, Marie Le Boiteux, a également décidé de réagir, pour ne pas laisser les femmes « dans l’ignorance« . En plus de la page Facebook, un forum a été créé pour envisager des actions à mettre en place. Une association « Stérilet vigilance hormone » doit également être créé ce mardi ou mercredi. 

 » Le but, c’est avant tout de continuer ce travail d’information et d’écoute des femmes. On souhaite également demander un agrément au ministère de la Santé, pour voir si une action de groupe est possible. Nous prenons contact avec des avocats ». 

Les patientes doivent-elles s’inquiéter ? 

Si plusieurs démarches sont mises en place, « rien à l’heure actuelle ne remet en cause le rapport bénéfice/risque du Mirena, qui reste positif dans les indications actuelles », précise toutefois l’ASNM. « Il n’y a aucune raison de retirer le stérilet si tout va bien chez les patientes. Le retrait n’est pas une de nos recommandations« , explique-t-elle. 

Bernard Hedon, professeur de gynécologie obstétrique au CHU de Montpellier et ancien président du Collège national des gynécologues et obstétriciens Français, tient quant à lui à dédramatiser :

« Nous sommes étonnés de l’ampleur qu’à pris cette polémique. Cela fait vingt ans que ce stérilet est utilisé et qu’il rend vraiment service à de nombreuses femmes. Il y a toujours eu une faible fréquence des effets secondaires. »

Pour lui, les patientes ne doivent pas s’inquiéter : 

« Ça reste un super produit qui rend beaucoup plus de services que d’inconvénients. Maintenant, individuellement parlant, il est possible que des personnes aient eu des effets secondaires et que le vaccin n’ai pas eu les bénéfices attendus. Ce sont ces patientes qui se retrouvent sur les réseaux sociaux. Dans ces cas-là, il faut en parler à son médecin et analyser les choses calmement ». 

Le cas Mirena pour ce professionnel est donc loin d’être le début d’un scandale sanitaire : « faisons preuve d’objectivité, poursuivons l’enquête et agissons ensuite en conséquence », conclu-t-il. 

Source: sud-ouest.fr