Sport sur ordonnance: «Il faut investir pour mettre en place une prise en charge financière de cette mesure»

Le Dr Alexandre Feltz, médecin et adjoint à la santé à la municipalité de Strasbourg, ville pionnière en matière de sport sur ordonnance, explique à « 20 Minutes » les bienfaits et les conditions d’application de cette mesure qui va entrer en vigueur dans toute la France…

A compter du 1er mars prochain, les médecins pourront prescrire du sport à leurs patients. Yoga, marche nordique ou encore tai-chi : les professionnels de santé auront la possibilité de délivrer une activité physique sur ordonnance, comme ils le font déjà avec les médicaments. Le « Sport santé sur ordonnance » : une nouveauté prévue par laloi santé et qui est déjà expérimentée à Strasbourg depuis 2012. Le Dr Alexandre Feltz, médecin et adjoint à la santé à la mairie de Strasbourg, père du projet de sport sur ordonnance, explique à 20 Minutes les vertus et les conditions d’application de cette mesure.

Qui peut se faire prescrire du sport et quels en sont les bienfaits pour les patients ?

Le dispositif ne s’adresse pas à tout le monde : il est réservé aux seuls patients souffrant d’une affection de longue durée (ALD), comme le diabète de type 1 et 2, l’insuffisance cardiaque grave, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques ou encore le cancer. En pratique, plus de 10 millions de patients sont en ALD en France et peuvent bénéficier de ce dispositif.

Pour tous ces patients, les médicaments sont majoritairement au cœur des protocoles thérapeutiques mais l’activité physique est non seulement un outil thérapeutique de soin mais aussi de prévention. Elle a de nombreuses vertus : elle améliore les capacités cardiaques et respiratoires, la tension artérielle, influe sur les taux de cholestérol et de diabète.

A Strasbourg, le dispositif a été élargi aux patients vivant avec le VIH ainsi qu’aux personnes âgées fragilisées. Pour ces dernières, on sait que cela permet de renforcer leurs capacités musculaires ainsi que leurs os, ce qui réduit de 30 % les chutes et de 40 % les fractures. L’activité physique un outil thérapeutique dont on aurait tort de se priver.

L’expérimentation du dispositif « Sport santé sur ordonnance » a été lancée en 2012 à Strasbourg. Les résultats sont-ils concluants ? Comment fonctionne-t-elle ?

A Strasbourg, les personnes qui remplissent les conditions requises pour ce dispositif sport santé sur ordonnance peuvent en bénéficier durant 3 ans, sur prescription de leur médecin. Les patients sont orientés vers des structures dédiées, associatives ou municipales et, en coordination avec le médecin et les équipes, on détermine l’activité physique la plus adaptée et on met en place un programme.

La première année, cette prescription est entièrement prise en charge. Pour les deux années suivantes, la municipalité de Strasbourg a mis en place une tarification solidaire : en fonction du coefficient familial, les bénéficiaires s’acquittent d’une participation financière, qui peut aller de 20 à 100 euros. Et à ce jour, plus de 1.500 patients strasbourgeois ont bénéficié du sport sur ordonnance, avec des résultats très positifs.

Mais sur le reste du territoire, à compter du 1er mars, combien la prescription de sport va-t-elle coûter au patient ? Est-elle prise en charge ?

Aujourd’hui, il n’y a pas de financement organisé par le décret d’application du sport santé sur ordonnance. En l’état actuel des choses, si les collectivités locales ne prennent pas d’elles-mêmes la décision de financer cette mesure, comme c’est le cas à Strasbourg, le patient qui se verra prescrire de l’activité physique par son médecin traitant devra tout payer de sa poche. A la clé, on court le risque que le sport santé sur ordonnance ne bénéficie qu’à ceux qui en ont les moyens.

Qu’espérez-vous pour améliorer ce texte à l’échelon national ?

La question du financement est au cœur du débat, et on sait que cela prendra du temps : c’est au prochain mandat présidentiel que nous aurons sans doute la réponse à nos questions. Aujourd’hui, nous avons un texte qui doit désormais être assorti d’une organisation nationale de financement. Je milite pour que les Agences régionales de santé adoptent le même mode de prise en charge qui a été mis en place à Strasbourg, tant en ce qui concerne le financement que les structures dédiées.

Il faut repenser notre modèle de santé et comprendre qu’au même titre que les médicaments, il est tout aussi important d’investir dans des thérapeutiques non médicamenteuses. C’est pourquoi le sport santé sur ordonnance doit être pris en charge financièrement. Il ne s’agit pas de dire qu’il sera entièrement gratuit pour les patients, en atteste la tarification solidaire mise en place à Strasbourg, mais de veiller à ce que tous ceux à qui cela pourrait profiter en termes de santé n’en soient pas exclus pour des considérations sociales.

Source : 20minutes.fr