Comment le sein fait naître le microbiote?

L’allaitement maternel « ensemence » la flore intestinale du bébé en bonnes bactéries.

Une page (presque) blanche qui se peuple aussitôt d’une multitude : dès la naissance d’un enfant, une foule de bactéries élisent domicile au creux de son organisme, pour former notamment le fameux «microbiote intestinal ». Sans lui, la vie serait plus complexe : il participe à la digestion, au métabolisme, à l’immunité… Et un microbiote altéré est associé à une plus grande susceptibilité à certaines maladies allergiques, métaboliques (diabète, obésité) ou auto-immunes (maladies inflammatoires de l’intestin).

L’alimentation est l’un des nombreux facteurs qui façonnent le microbiote d’un enfant. On sait que la flore intestinale des bébés ayant tété le sein maternel n’est pas tout à fait la même que celle de leurs congénères nourris au lait maternisé, mais ces mécanismes gardent une part de mystère. Quelle est la part de l’allaitement maternel dans la formation du microbiote de l’enfant ? Et comment le protège-t-il à long terme?

Pour mieux comprendre, des chercheurs américains ont comparé les bactéries présentes dans le lait et sur la peau de la mère à celles retrouvées dans les selles du bébé (reflet direct du microbiote intestinal), chez 107 couples mère-enfant. Ils montrent, dans Jama Pediatrics, que si le lait et la peau du sein ne fournissent pas la majorité des bactéries présentes dans l’intestin du bébé, ils semblent bel et bien «ensemencer » ce microbiote en devenir, et influencer sa composition même lorsque l’allaitement n’est plus l’alimentation principale.

«Transfert de bactéries»

Au premier mois de vie, chez les bébés nourris principalement au sein, 28 % des bactéries retrouvées dans les selles sont identiques à celles identifiées dans le lait maternel, et 10 % sont les mêmes que celles prélevées sur l’aréole (zone cutanée plus foncée entourant le mamelon). Les auteurs n’excluent pas que les mères soient en partie «contaminées» par les selles de l’enfant, mais le plus probable, estiment-ils, est que «le transfert de bactéries se fasse principalement de la mère au nourrisson».

Même lorsque l’alimentation se fait plus variée, le lait maternel continue à influer sur la composition du microbiote de l’enfant. Chez l’ensemble des bébés étudiés, âgés de 1 jour à 1 an, ceux qui dans leurs six premiers mois avaient été principalement nourris au lait maternel abritaient en moyenne 18,5 % de bactéries identiques à celles du lait maternel (contre 6 % pour ceux principalement nourris d’un autre lait), et 5 % de bactéries identiques à celles retrouvées sur l’aréole (contre 0,001 %).

Conclusion des auteurs : les micro-organismes du lait et du sein maternels «influencent et sélectionnent les bactéries qui s’installent ensuite chez l’enfant, laissant une empreinte qui peut être détectée, même à l’âge adulte». L’analyse des divers micro-organismes transmis par la mère pourrait d’ailleurs expliquer certains des bienfaits à long terme associés à l’allaitement au sein. Par exemple, le lait maternel transmet au bébé Veillonella et Rothia, deux genres bactériens dont la présence dans l’intestin a été associée à une moindre incidence de l’asthme. D’autres micro-organismes, plus nombreux chez les enfants non exclusivement nourris au lait maternel, sont retrouvés dans la flore intestinale d’adultes ayant un indice de masse corporel élevé.

Ces résultats, estiment les auteurs, «appuient les recommandations actuelles» des autorités sanitaires : un allaitement maternel exclusif pendant les 6 premiers mois de vie, poursuivi en parallèle de la diversification jusqu’aux 12 mois de l’enfant au moins.

Source:sante.lefigaro.fr