La Sécurité sociale étudiante pourrait bientôt disparaître

Emmanuel Macron a promis de rattacher les étudiants au régime général ou à celui de leurs parents. La réforme pourrait sonner la fin des mutuelles étudiantes.

Les jours de la Sécurité sociale étudiante sont comptés. Déclinant une promesse du candidat Macron, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a indiqué dans sa feuille de route vouloir confier la gestion de leur protection santé « au régime général ou au régime dont l’affilié relevait avant de devenir étudiant » (MSA, si leurs parents sont agriculteurs, RSI s’ils sont indépendants…). Le cadre de la réforme sera posé dès l’automne, dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2018.

Délégué à des mutuelles créées à cet effet depuis 1948, le régime d’assurance-maladie obligatoire des étudiants a été qualifié par Emmanuel Macron d’« exception française inefficace et dispendieuse ». Sa disparition devrait permettre de simplifier le quotidien des étudiants, tout en dégageant des économies. « Le problème avec la Sécurité sociale étudiante, c’est que les étudiants doivent s’y affilier puis se désaffilier à la fin de leurs études, explique une source proche du cabinet de la ministre. L’idée est de supprimer cette difficulté administrative. Les étudiants pourront toujours se couvrir avec une complémentaire santé auprès des mutuelles étudiantes. »

Pour Ahmed Hegazy, président d’Emevia, réseau qui réunit onze mutuelles régionales et emploie 650 salariés, le son de cloche est différent : « Notre activité repose essentiellement sur la part obligatoire du régime étudiant. A la Smeno [mutuelle étudiante qui couvre le Nord-Ouest, NDLR], 160.000 étudiants sont affiliés au régime de base, et seulement 20.000 à une de nos complémentaires. Nous risquons de disparaître. »

Meilleurs résultats

Pourtant, tant du point de vue des économies de gestion que de la qualité de service, le président d’Emevia affiche des résultats supérieurs à ceux du régime général. « Nos coûts de gestion sont inférieurs de 30 % à ceux des caisses primaires d’assurance-maladie », affirme-t-il. Les mutuelles étudiantes sont aussi plus efficaces, selon lui : « Quand on est étudiant et qu’on a avancé 150 euros de frais de santé, avoir une Sécurité sociale qui rembourse en moins de 48 heures, c’est autre chose que de devoir attendre cinq à six jours. »

Un argument que dément la Fage, syndicat étudiant majoritaire et le seul à soutenir la réforme. En 2012, l’organisation étudiante avait mené avec UFC-Que choisir une étude sur la qualité des mutuelles étudiantes. Avec un résultat sans appel : des clauses de contrat abusives, des délais de remboursement et d’obtention de la carte Vitale qui s’étirent sur des mois…

La Fage milite depuis pour le rattachement au régime général. « La LMDE [La Mutuelle des étudiants, NDLR] fonctionne mieux depuis sa reprise par l’Assurance-maladie, concède Jimmy Losfeld, président de la Fage. Mais du côté des mutuelles régionales, rien n’a changé. Il suffit de taper Smerep ou Vittavi sur Twitter, pour voir toutes les critiques que les étudiants continuent d’adresser à leurs mutuelles étudiantes. » La Fage a d’ores et déjà mené des discussions bilatérales avec la Caisse nationale d’assurance-maladie (CNAM), et préconise la création en son sein d’une branche étudiante pour élaborer une politique nationale, notamment en matière de prévention. Une perspective loin de satisfaire l’Unef, l’autre principal syndicat étudiant : « Il est important que les jeunes conservent leur autonomie, et cela passe par la gestion de leur propre santé, martèle Lilâ Le Bas, présidente de l’Unef. Le fait que les syndicats étudiants, comme l’Unef, soient présents à la direction de ces mutuelles, cela permet une gestion par les étudiants, pour les étudiants. Je vois mal les salariés de la Cnam faire de la prévention et comprendre nos préoccupations. »

Source : lesechos.fr