Retraites : les projections ne dépendront plus du plein emploi

Le Conseil d’orientation des retraites mettra dorénavant en valeur les projections financières des retraites fondées sur un taux de chômage de 7%, et non plus de 4,5%. Une hypothèse que le COR ne supprime pas non plus complètement.

L’hypothèse d’un retour au plein emploi ne servira – presque – plus à prévoir l’avenir financier des retraites. Le Conseil d’orientation des retraites (COR), qui produit les projections officielles du système de retraite, a décidé ce mercredi de faire passer au deuxième plan ses projections financières fondées sur le retour à un taux de chômage de 4,5% dans les quinze ans. Sans abandonner pour autant cette l’hypothèse, le COR a décidé de mettre dorénavant en valeur les scénarios fondés sur un taux de chômage de 7%.

La mesure est loin d’être symbolique. Elle signifie par exemple qu’une très probable prochaine réforme des retraites ne pourra pas être construite sur un scénario de retour au plein emploi à l’horizon 2030, perspective jugée peu probable aujourd’hui par nombre d’observateurs.

Certes, l’hypothèse de 7% de chômage dans quinze ans reste «volontariste», dit-on au COR. Mais l’institution espère qu’en prenant cette décision, elle mettra fin aux critiques sur son supposé trop-plein d’optimisme, alors qu’elle calcule diverses projections à partir des multiples hypothèses de chômage – comprises entre 4,5% et 10% – et de croissance de la productivité – entre 1% et 2%.

Le hic, c’est que le «scénario B», basé sur un retour au plein emploi à terme, était jusqu’à présent repris par les commentateurs comme le scénario «central» du COR. Il faut dire qu’il se situe entre le scénario A (plus optimiste) et C (plus pessimiste). Le COR, en réponse, affirme qu’il n’a jamais favorisé un scénario par rapport à un autre. Malgré tout, ce «scénario B» a été utilisé par le gouvernement pour estimer les effets de la réforme des retraites de la ministre des Affaires sociales Marisol Touraine.

Ne pas braquer les syndicats

L’hypothèse de retour au plein emploi ne sera plus qu’une des nombreuses variantes économiques au sein de son rapport annuel de juin prochain. Il s’agit pour l’institution, où siègent notamment syndicats et patronat, de ne pas braquer les organisations contestataires, comme la CGT. Cette dernière est en effet très attachée aux hypothèses économiques favorables. Elle avait demandé, ces dernières années, que le COR ajoute un scénario très rose à sa palette de projections (le Medef, en revanche, avait commandé un scénario plus gris).

Lors de son prochain rapport, programmé pour juin, le COR ne présentera donc plus des résultats projetés à horizon 2060 à partir des trois scénarios classiques A, B et C. Il affichera dans un premier temps les résultats financiers des retraites obtenus avec un taux de chômage de 7% et différentes hypothèses de croissance de la productivité. Dans un deuxième temps, il présentera les résultats obtenus avec différents scénarios – dont un avec le taux de chômage de 4,5% – tournant autour de différents taux de croissance de la productivité.

Source : lefigaro.fr