Hôpital : un plan d’action pour délester les urgences

Le rapport Grall prône une vraie coordination territoriale de l’accueil.
Après vingt ans de réformes pour accroître leur sécurité et leur qualité, les urgences à l’hôpital attirent de plus en plus de monde : 18 millions de personnes y sont passées en 2013, contre 7 millions en 1990. Un Français sur huit se rendait aux urgences à l’époque, contre un sur 3,5 aujourd’hui. Victimes de leur succès, les médecins urgentistes, qui ont obtenu en décembre une limitation de leur temps de travail clinique à 39 heures, sont démotivés par le traitement à la chaîne des petits bobos, des maux multiples des personnes âgées, etc.
« Un risque de fragilisation des filières de prise en charge des urgences réelles, graves et vitales, peut intervenir par une diminution de la vocation vers la formation de médecins urgentistes et la difficulté à en recruter », constate Jean-Yves Grall, qui dirige l’Agence régionale de santé du Nord-Pas de Calais, a rendu ce mercredi à la ministre Marisol Touraine un rapport sur la « territorialisation des activités d’urgence ».
Une meilleure coordination de terrain
Dans ce document, il propose un plan d’action centré sur une meilleure coordination de terrain. Puisque le projet de loi Santé actuellement en discussion au Sénat rend obligatoires les « groupements hospitaliers de territoire » (GHT), autant conserver ce cadre géographique pour créer un « réseau territorial de l’accès aux soins non programmés », plaide-t-il. Les établissements publics et privés, les médecins libéraux et salariés, les structures médico-sociales devraient, selon lui, inscrire dans une base de données commune leur disponibilité, leur savoir-faire, leurs spécialités, leurs équipements. Le pilotage serait assuré par la régulation téléphonique (appels au 15). Ils se coordonneraient aussi par filière pour mieux gérer traumatismes, handicapés, bébés…
En parallèle, Jean-Yves Grall préconise la création d’une équipe unique d’urgentistes dans chaque GHT. Elle serait placée sous l’autorité d’un seul chef de service, d’un seul établissement, tout en opérant en plusieurs lieux. Elle nécessitera peut-être la création d’un nouveau statut de « praticien hospitalier de territoire », écrit-il.
Pour Jean-Yves Grall, il faut recentrer l’urgentiste sur son cœur de métier, donc le délester par exemple de la gestion des lits, confiée à un « bed manager ». Le rapporteur est favorable à l’accompagnement des patients par des volontaires du service civique, comme dans les Hôpitaux de Paris. Les hôpitaux pourraient aiguiller certains patients vers les maisons médicales de garde proches – mais il faudrait qu’elles ouvrent plus longtemps.
Pour inciter les médecins libéraux, généralistes et spécialistes, à prendre des patients hors rendez-vous, leur tarif de consultation pourrait aussi être majoré, estime-t-il.

Source : Les Echos