Comment resynchroniser l’horloge biologique des tumeurs

Une étude québécoise démontre qu’il est possible de resynchroniser l’horloge biologique des cellules tumorales pour ralentir leur progression.

Nouvelle piste dans le cancer : il est possible de resynchroniser l’horloge biologique des cellules tumorales pour ralentir leur progression. Tel est le résultat d’une étude récente publiée dans la revue BMC. Menée chez l’animal, elle est le fruit de travaux de chercheurs de l’Institut Douglas, un centre québécois de recherche situé à Montréal (Canada) et ses premiers résultats sont très encourageants. « Ils montrent pour la première fois qu’il est possible d’agir sur la croissance tumorale par ce mécanisme de resynchronisation », détaille Nicolas Cermakian, directeur du laboratoire de chronobiologie à l’institut Douglas.

On savait depuis longtemps que les perturbations de l’horloge interne du corps étaient responsables de conséquences délétères pour l’organisme. Problèmes de sommeil bien sûr mais aussi troubles psychologiques, obésité, maladies cardiovasculaires et encore maladies immunitaires sans oublier des cancers (sein, colon) plus fréquents chez les travailleurs de nuit.

Si notre horloge centrale, située à la base de l’hypothalamus, régule les activités du corps humain sur un cycle de 24 heures, chacune des cellules de notre corps possède aussi sa propre horloge interne, qui lui dicte ses activités. Comme celle d’utiliser ou de stocker du sucre et bien sûr d’activer sa division cellulaire et de se multiplier ou pas. « Les cellules cancéreuses n’ont pas une bonne horloge », observe le scientifique, ce qui les incite justement à se multiplier anarchiquement.

Réduire de moitié la croissance d’une tumeur

Les chercheurs montréalais ont voulu savoir comment chez le rat un cycle circadien déréglé pouvait influencer l’organisme. Ils ont utilisé des cellules cancéreuses in vitro et aussi des tumeurs implantées sous la peau des rongeurs. En agissant au niveau moléculaire et en manipulant leurs complexes engrenages, ils ont montré que le rétablissement du rythme de l’horloge interne des cellules cancéreuses permettait de réduire de moitié la croissance d’une tumeur. De plus, d’une manière extrêmement rapide, soit en trois jours !

Pour cette remise à l’heure moléculaire un peu particulière, ils ont utilisé de la dexaméthasone, une hormone de synthèse dont l’effet est proche du cortisol. Ce succès de resynchronisation d’un rythme circadien au diapason d’un cycle de 24 heures a montré qu’en 72 heures, la taille de la tumeur avait été divisée de moitié.

Malheureusement, les applications chez l’homme de ce travail ne sont pas envisageables à court terme, en raison des effets de la dexaméthasone. « Il ne s’agit évidemment pas là d’un moyen de guérir le cancer, insiste le chercheur. Mais à terme, tout ce qui permet de ralentir l’évolution d’une tumeur est à prendre en considération car cela peut permettre de gagner du temps ou bien de faciliter le retrait par le chirurgien ».

Par contre, tenir compte de l’horloge biologique des tumeurs dans le mode d’administration des traitements et décider de la prise de telle chimiothérapie à telle heure plutôt qu’à une autre constitue un autre axe de recherche qui anime d’autres équipes de chronobiologistes à travers le monde.

Source : sciencesetavenir.fr