Reprise des négociations à haut risque sur l’assurance-chômage

Les négociations entre partenaires sociaux sur l’assurance-chômage reprennent ce mardi. Les sujets de discorde restent nombreux et pourtant, un accord est cette fois crucial, deux candidats à l’élection présidentielle ayant annoncé leur volonté de nationaliser l’Unedic en cas d’incapacité à se réformer.

Alors que les débats* reprennent pour faire évoluer les paramètres actuels de l’assurance-chômage, le premier sujet d’importance sera sans nul doute celui des contrats à durée déterminée (CDD). En juin dernier, dans un climat social dégradé par la contestation de la Loi Travail, les pourparlers avaient en effet échoué sur la question des contrats courts. Pierre Gattaz a, depuis, répété son refus de voir taxer les CDD et ainsi décourager la création d’emploi, contrairement aux syndicats de salariés qui veulent enrayer la montée inexorable des contrats précaires.

En 16 ans, les créations de CDD sont en effet passées de 1,6 à 4,3 millions par trimestre. Le Medef préconise un système «d’incitations sectorielles», alors que la CFDT veut mettre en place une dégressivité des cotisations patronales en fonction de la durée des contrats. Plus punitif, le syndicat FO défend un système de malus pour les entreprises qui ne fidéliseraient pas les salariés.

Résorber le déficit de l’assurance-chômage

L’enjeu renvoie à la question de l’emploi mais également aux comptes désastreux de l’assurance-chômage. Dans le rouge avec un déficit structurel de 4 milliards d’euros chaque année, les organisations concernées ont contracté une dette de 30 milliards d’euros et les prévisions de l’Unedic la portent à 41,4 milliards en 2019. En cause pour le Medef, le mécanisme de contribution du régime d’assurance-chômage au budget de Pôle emploi, à revoir pour épargner 2 milliards par an. Le reste du déficit est dû à des décisions de gestion de l’Etat concernant Pôle emploi, connu pour ses frais de fonctionnement très élevés.

Parmi les autres grands sujets, le report de l’âge d’entrée dans la filière senior, qui autorise jusqu’à 3 ans d’indemnisation pour les salariés de plus de 50 ans. Le Medef veut reculer ce seuil à 57 ans, tandis que la CFDT penche pour l’âge de 55 ans, et que Force Ouvrière plaide pour 52 ans. Enfin, les questions du cumul allocations-salaire et des intermittents du spectacle seront probablement évoquées.

A chacun des rendez-vous prévus, Alexandre Saubot, membre du Medef et président actuel de l’Unedic, devra naviguer habilement, respectant la ligne rouge de l’organisation patronale interdisant toute augmentation du coût du travail, et les exigences des autres syndicats de préserver les acquis sociaux.

L’avenir du paritarisme en jeu

Car le plus important à court terme pour les parties prenantes à la négociation sera avant tout de montrer l’efficacité du système «paritariste» de la gestion de l’assurance-chômage. Après les échecs des négociations de ces deux dernières années (et la reprise en main en urgence par le gouvernement), l’élection présidentielle s’est saisie du débat, et la question de retirer cette délégation de service public aux organismes sociaux n’est plus taboue. François Fillon compte imposer des réformes telles que la dégressivité des allocations, mais également retirer la garantie de l’Etat aux emprunts contractés par l’Unedic. Emmanuel Macron a également fait des annonces fortes en ce sens et prône notamment la nationalisation de l’Unedic.

*Les discussions impliquent le Medef, la CGPME et l’UPA pour les syndicats patronaux, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, la CGT et la CGT-FO pour les syndicats de salariés.

Source : lefigaro.fr