Religion au travail  : ça se banalise

D’après une étude réalisée cette année, et que nous révélons, 65 % des salariés sont confrontés à l’irruption de la sphère religieuse dans l’entreprise. C’est quinze points de plus que l’an passé. Un record.

C’est un voile, une croix ou une kippa qui débarque au bureau. Une pile de demandes de RTT pour l’Aïd ou le lundi de Pentecôte qui afflue dans la bannette de la chef de service. Un refus de travailler avec la gent féminine. Une prière dans les vestiaires… Plus que jamais, la religion s’invite dans la sphère professionnelle. Selon une étude* que nous dévoilons, réalisée par l’Institut Randstad, chargé de promouvoir le principe de l’égalité des chances, et l’Observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE), près des deux tiers (65 %) des salariés ont constaté en 2016 plusieurs manifestations du fait religieux alors qu’ils étaient la moitié (50 %) l’année dernière et 44 % en 2014. Ainsi, pour la première fois en quatre ans, date de naissance de ce baromètre, la part des manageurs faisant face régulièrement à ce genre de situations est majoritaire. La vague d’attentats qui a mis au cœur des débats la place des religions dans notre République explique, en partie, cette progression.

« Le fait religieux est un phénomène sociétal sensible, par conséquent, il devient plus facilement repérable », décrypte Laurent Morestain, président de l’Institut Randstad, association créée par le groupe du même nom, spécialiste de l’intérim. La hiérarchie est de plus en plus sollicitée sur ces questions  : 48 % des faits religieux ont ainsi nécessité une intervention managériale cette année contre 38 % en 2015 et 24 % en 2014.

« La salariée voilée qui ne revendique rien et qui, la plupart du temps, est conciliante va être recadrée plus facilement que le prosélyte tenant un discours radical, agressif et menaçant. Dans ce cas, les manageurs, désemparés, ont du mal à intervenir », souligne Lionel Honoré, professeur des universités à la tête de l’OFRE. Dans la très grande majorité des situations, le fait religieux ne perturbe pas le fonctionnement de l’entreprise. Mais dans 9 % des cas, soit une hausse de 3 points par rapport à 2015, il est considéré comme conflictuel. « Les encadrants hésitent de moins en moins à provoquer des gestions de conflit, car ils sont davantage sensibilisés et formés à cette question. Quand ça déborde, c’est souvent parce qu’ils n’ont pas réagi au départ, qu’ils ont manqué de courage managérial », estime l’expert. Pour éviter les tensions, de plus en plus d’entreprises élaborent un petit guide à destination des chefs leur rappelant l’arsenal juridique en vigueur et distillant des conseils pratiques. C’est, depuis 2010, le cas de la Poste, qui fait figure de pionnière en la matière. « Cela nous a aidés. Au final, les conflits sont extrêmement marginaux », assure Florence Wiener, sa directrice de la stratégie sociale.

* Enquête réalisée en ligne entre avril et juin 2016 auprès de 1 405 salariés dont 61 % exercent une responsabilité managériale..

Source : leparisien.fr