Recul de l’espérance de vie et baisse des naissances… le bilan morose de 2015

Au 1er janvier 2016, la France comptait 66,6 millions d’habitants, selon les chiffres du recensement dévoilés mardi par l’Insee. Avec une baisse notable des naissances et un nombre de décès au plus haut depuis la Seconde Guerre mondiale, 2015 est une mauvaise année sur le plan démographique.

Avec 19.000 naissances de moins, 2015 connaît une «crise des berceaux»

800.000 bébés ont vu le jour en 2015, soit 19.000 de moins que l’année dernière. Si l’on exclut les naissances à Mayotte, qui ne sont comptabilisées que depuis 2014, on passe même à 791 000 bébés nés l’année dernière. Ce chiffre fait de 2015 l’année la plus faible pour la natalité française depuis 1999 où l’on comptait 775.800 nouveau-nés. Cette baisse de 2,3 % des naissances n’est toutefois pas jugée «importante» par Marie Reynaud, responsable des études démographiques et sociales de l’Insee. «Les chiffres fluctuent autour de 800.000 naissances depuis plusieurs années», relativise-t-elle.

Des mères toujours plus âgées et un taux de fécondité sous la barre de deux enfants par femme

Le taux de fécondité (ou indice conjoncturel de fécondité) passe sous la barre symbolique de deux enfants par femme. Avec 1,96 enfant par femme, il rejoint le niveau de 2005. «Cette tendance à la baisse de la fécondité s’observe en France chez les femmes de moins de 30 ans depuis la fin des années 70. Elle s’est accentuée en 2015 par rapport aux années précédentes», note l’Insee, qui évoque également une baisse de la fécondité des femmes de 30 à 34 ans. L’âge de la maternité est en constante augmentation: de 30,3 ans en 2014 il passe à 30,4 ans en 2015.

Si la France reste «championne des bébés» en Europe, d’autres observateurs évoquent des possibles effets de la crise économique et des coups de rabot successifs du gouvernement dans la politique familiale. En novembre dernier, le démographe Gilles Pison, directeur de recherche à l’Ined, expliquait au Figaro: «L’augmentation du chômage peut expliquer pourquoi certains couples repoussent une naissance à plus tard. Mais on peut aussi se poser la question de l’impact des changements en matière de politique familiale. C’est tout à fait possible qu’ils jouent un rôle, même s’il est prématuré de faire cette analyse aujourd’hui.»

600.000 décès: la France n’a jamais connu autant de morts depuis la Seconde Guerre mondiale

Avec 41.000 décès de plus qu’en 2014, soit une augmentation de 7,3 %, 2015 fait figure d’année «noire». «Les taux de mortalité se sont accrus aux âges élevés principalement du fait de conditions épidémiologiques et météorologiques peu favorables», précise l’Insee qui a identifié trois phénomènes de surmortalité: l’épisode grippal très long des trois premiers mois de l’année, responsable à lui seul de 24.000 morts, l’épisode de canicule qui a entraîné 2000 décès, et la vague de froid du mois d’octobre à l’origine de 4000 disparitions.

L’espérance de vie recule

L’espérance de vie à la naissance connaît une baisse notable de 0,4 an pour les femmes et 0,3 an pour les hommes par rapport à 2014. «C’est le phénomène le plus marquant de ce bilan démographique», juge Marie Reynaud. En 2015, une femme a une espérance de vie de 85 ans et un homme de 78,9 ans, soit un écart de 6,1 ans. «Cette baisse de l’espérance de vie s’explique directement par la surmortalité liée aux épisodes sanitaires de 2015», souligne la responsable des études démographiques et sociales de l’Insee. Elle avait baissé, mais uniquement pour les femmes, dans le sillage de la canicule de 2003 et après une vague de froid en octobre 2012.

La fin de l’effet «Mariage pour tous»

Le nombre de mariages hétérosexuels reste stable avec 231.000 unions célébrées en France en 2015 comme en 2014. Mais l’effet «dopant» des unions homosexuelles sur l’institution du mariage ne joue plus. Le nombre de mariages entre personnes de même sexe a en effet baissé en 2015, passant de 10.000 en 2014 à 8000. En 2013, l’Insee avait souligné un effet «première année» du mariage pour tous. L’effet de nouveauté avait également joué en 2014. In fine, 239.000 couples se sont dit «oui» en 2015.

Le solde naturel le plus bas depuis 1976

Au 1er janvier 2016, la France compte 66,6 millions d’habitants dont 64,5 millions en métropole, selon les derniers chiffres du recensement de l’Insee. Soit 247.000 personnes de plus que l’année précédente, un chiffre en progression de 0,4 %. Comme par le passé, cette augmentation est portée par le solde naturel (la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès au cours d’une période) qui s’élève à 200.000, mais ce dernier «est le plus bas enregistré depuis 1976», pointe l’Insee.

Source : lefigaro.fr