Rachel Bocher : « Chacun voit bien que le processus de rénovation de l’hôpital est conditionné par une refonte de l’ensemble de l’organisation de soins »

 

INTERVIEW.

Avec Rachel Bocher  Présidente de l’Intersyndicat National des Praticiens Hospitaliers (INPH)

 

CRAPS : Les mesures annoncées pour l’hôpital vous paraissent-elles suffisantes en l’état, et de nature à  amorcer les changements structurels d’ampleur  attendus sur le long terme ?

RACHEL BOCHER : Le Ségur de la santé a été organisé dans des délais très contraints. Dans ces conditions il est évidemment impossible de refonder le système de santé qui montre ses limites. Néanmoins, l’accord signé le 13 juillet est un accord solide, qui marque le début de la refondation des statuts des praticiens des hôpitaux publics. Nous l’acceptons comme un signal fort de reconnaissance, mais ce n’est que le point de départ, la première étape. Il faudra aller plus loin. En revanche, aucune proposition n’a été formulée pour garantir durablement l’équilibre économique du système et d’autres sujets tels que la soutenabilité financière de l’accès à l’innovation, les conditions de contrôles impartiaux de la facturation des prestataires de santé. Pour autant, un certain nombre de sujets de fond et d’orientations évoqués retiennent l’attention (volonté de décloisonner la ville et l’hôpital, intention de faire évoluer l’ONDAM, introduction de la dotation populationnelle en complément du financement à l’activité…). À ce stade, il s’agit de chantiers mais certains d’entre eux pourraient profondément transformer l’organisation de notre système de soins, et bon nombre de ses pratiques. Chacun voit bien que le processus de rénovation de l’hôpital est conditionné par une refonte de l’ensemble de l’organisation des soins.

 

CRAPS : Les conclusions du Ségur de la santé concernant la gouvernance hospitalière sont-elles de nature à initier un réel changement en la matière ?

R.B. : La lettre d’intention du Ségur de la santé ne semble pas changer beaucoup de choses en ce qui concerne la gouvernance hospitalière. En effet, la gouvernance actuelle découle du principe instauré par la loi HPST sans contre-pouvoir ; en tant que telle, elle n’est pas ici remise en cause. Au surplus le rapport Claris, ne traite pas du principe de co-décision entre la direction et le Président de la CME. C’est pourtant un point de rupture dont la solution emporterait la majorité. Revaloriser et réinvestir les services de soins est une bonne chose ; mais si l’organisation en pôle avec ses prérogatives n’est pas revue de fond en comble, il n’y aura aucune incidence sur la gouvernance.

Il faut impérativement et urgemment réduire le champ de responsabilité des pôles à un simple rôle de coordination ou de fédération. Malheureusement le rapport Claris ne le prévoit pas ; il renforce même l’organisation de l’hôpital en pôle. On marche sur la tête. Globalement, les problématiques de gouvernance hospitalières, régionales et nationales n’ont pas été abordées dans le fond. C’est dommage, mais nous ne nous décourageons pas en sachant pouvoir faire vraiment consensus sur ce point.

 

CRAPS : Les conclusions du Ségur de la santé ont vocation à renforcer l’offre de soutien psychiatrique et psychologique de la population. Les mesures annoncées insufflent-elles véritablement une ambition nouvelle à la feuille de route santé mentale et psychiatrie ?

R.B. : Les annonces du ministre de la Santé sont encourageantes. Pour autant, les éléments disponibles à ce stade pour la discipline soulèvent des interrogations. Outre les mesures censées bénéficier à tous les hôpitaux (hausse des rémunérations, aides aux investissements, etc.), donc aux EPSM, les mesures annoncées sont souvent trop parcellaires ou imprécises pour comprendre véritablement à ce stade les intentions de l’exécutif sur la politique qui sera conduite en la matière. Il manque un calendrier de travail ; Il manque des précisions sur la mise en œuvre ; Il manque des crédits. Et donc il manque des annonces plus fortes, plus claires, plus volontaires pour la discipline. L’enveloppe de 40 millions d’euros destinée au renforcement de l’offre du soutien psychologique et psychiatrique quant à elle sera certainement insuffisante. Un effort conséquent doit être effectué pour remettre à niveau les ressources sous-dotées des établissements psychiatriques. Enfin il convient également de trouver les réponses satisfaisantes pour lutter contre la pénurie des effectifs médicaux. Une feuille de route incluant de simples ambitions s’apparente à de l’incantation sans une vraie politique de santé incluant un vaste projet global pour la psychiatrie. Tout reste à faire ! Il y a là un défi qu’il faut traiter avant que des solutions non souhaitables ne finissent par s’imposer d’elles-mêmes. Comme vous le savez, une société est jugée par la façon dont elle traite ses malades mentaux. Donc au travail.

Interview à retrouver dans notre dernier magazine (cliquez sur l’image ci-dessous pour le consulter)