Psychotropes : la consommation a diminué mais reste trop élevée

L’utilisation de benzodiazépines a diminué de 5,7% depuis 2012, mais la France reste le 2eme consommateur européen de ces médicaments comportant des risques pour la santé.

En 2015, les vingt benzodiazépines représentaient 117 millions de boîtes vendues en ville et à l’hôpital, soit près de 4% de la consommation totale de médicaments cette année-là. 64,6 millions de boîtes vendues étaient des anxiolytiques et 46,1 millions des hypnotiques . Une consommation en baisse (moins 5,7% en 2015 par rapport à 2012), notamment pour les hypnotiques (-12,8% contre -3,8% pour les anxiolytiques).

Or «bien que le niveau en 2015 soit le plus bas que l’on ait observé depuis 2000, le nombre de Français consommant une benzodiazépine reste encore trop élevé, en particulier chez les plus de 65 ans», juge l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) dans un rapport publié le 5 avril. Cette population représente plus du tiers des consommateurs. Les femmes représentent quant à elles plus de la moitié des utilisateurs (65%). En 2015, près de 13,4% de la population française a ainsi consommé au moins une fois un médicament à base de benzodiazépine, principalement des anxiolytiques.

Des risques avérés

Xanax, Valium, Urbanyl, Lexomil… L’usage des benzodiazépines – médicaments indiqués dans le traitement de l’anxiété, des troubles sévères du sommeil et de l’épilepsie – n’est effectivement pas sans risque. Les affections du système nerveux (somnolence, coma, convulsions, amnésies) représentent ainsi 23% des effets indésirables graves. Viennent ensuite les affections psychiatriques, qui se manifestent majoritairement par des états confusionnels. Les chutes sont également fréquemment rapportées, en particulier chez les personnes âgées. Une récente étude a même montré que l’utilisation de benzodiazépines était associée à une augmentation des opérations sur prothèses.

La consommation de benzodiazépines expose également à une augmentation du risque d’accidents de la route. L’Agence du médicament rapporte que des études internationales montrent une augmentation de 60 à 80% du risque d’accidents, ce risque étant multiplié par 8 en cas de consommation concomitante avec de l’alcool. Toutes les benzodiazépines sont désormais classées en «niveau trois» de danger depuis le 13 mars 2017, se traduisant par une incompatibilité avec la conduite.

En plus de leurs effets indésirables, l’Agence du médicament pointe l’existence de plusieurs usages problématiques des benzodiazépines: l’abus, la dépendance ou encore l’usage détourné. Le clonazépam, indiqué dans le traitement de l’épilepsie, est en fait majoritairement prescrit contre la douleur, les troubles du sommeil et les troubles anxieux. Enfin, les benzodiazépines sont les substances les plus fréquemment impliquées à des fins criminelles (viols, actes de pédophilie) ou de délits (violences, vols), même si une diminution des cas les impliquant est observée (57 % en 2013, 50 % en 2014 et 45 % en 2015) au profit de substances non médicamenteuses.

Baisse insuffisante

En 2015 tout comme en 2012, la France est restée au 2ème rang de la consommation des benzodiazépines en Europe, juste derrière l’Espagne. «En Allemagne et au Royaume-Uni, qui se caractérisent par leur faible utilisation de ces molécules, la consommation est plus de quatre fois inférieure à celle de la France», souligne l’ANSM. C’est toutefois en France que la plus forte diminution a été observée entre 2012 et 2015 (10 % contre 5,1% de diminution globale en Europe).

Pour l’ANSM, «il demeure indispensable de poursuivre la mobilisation de l’ensemble des professionnels de santé sur cet enjeu majeur de santé publique». L’Agence insiste sur la nécessité «d’apporter une information claire et adaptée aux patients et au grand public, afin de les sensibiliser à la bonne utilisation des benzodiazépines», tout en précisant que ces «médicaments restent indispensables dans l’arsenal thérapeutique».

L’Agence du médicament rappelle que «les professionnels de santé doivent déclarer immédiatement tout effet indésirable suspecté d’être dû à un médicament dont ils ont connaissance au centre régional de pharmacovigilance dont ils dépendent géographiquement». Les patients et les associations agréées de patients peuvent également signaler tout effet indésirable à leur centre régional de pharmacovigilance.

Source : lefigaro.fr