Prévifrance, une mutuelle «armée pour affronter l’avenir»

Henry Mathon, 48 ans, toulousain d’origine, dirige Prévifrance depuis 2002. «Notre essence mutualiste s’exprime notamment dans nos réseaux de soins optiques et dentaires qui permettent d’écraser le reste à charge de nos adhérents» a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse, hier à Toulouse.

Confrontée à d’importantes mutations en matière de protection sociale, la mutuelle toulousaine Prévifrance mise sur la croissance externe pour y faire face.

6 000 mutuelles en 2000, 400 aujourd’hui et, probablement, une petite centaine d’ici 2020. Ces trois chiffres traduisent les formidables mutations à l’œuvre dans le champ de la protection sociale, liées notamment aux évolutions de la réglementation, aux difficultés financières de la Sécurité sociale. Des tendances lourdes qui, selon Henry Mathon, directeur général de Prévifrance, une mutuelle implantée dans le Sud-Ouest, vont s’accélérer dans l’avenir.

Comment s’adapter à ce changement de paradigme en conservant les valeurs de solidarité qui fondent les mutuelles ? C’est le défi auquel a été confrontée Prévifrance, dont le siège administratif est basé à Toulouse. «Notre mutuelle, qui couvre 250 000 personnes en santé et 45 000 en prévoyance est elle-même issue de six fusions successives. Cette stratégie de croissance externe respectueuse des personnels, alliée à un renforcement des compétences de nos collaborateurs en matière de gestion du risque, nous a armés pour l’avenir, d’autant que nous avons des projets de fusion dans les cartons pour 2016» indique Henry Mathon.

Aujourd’hui, outre son secteur traditionnel du Sud-Ouest, qui couvre 18 départements, elle poursuit son expansion sur l’ensemble du territoire, en particulier à Paris où elle couvre déjà les salariés du centre Pompidou, de la mairie de Paris, ou les pompiers pour ne citer que quelques exemples. «Avec un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros, nous faisons partie des 25 plus importantes mutuelles et des 5 premières pour les marges de solvabilité» assure le directeur général.

Cette stratégie de croissance devrait être renforcée lors de l’entrée en vigueur de l’accord national interprofessionnel (ANI) le 1er janvier 2016.

Le législateur a en effet prévu que toutes les entreprises privées fournissent une complémentaire santé à leurs salariés. Un marché estimé à 600 000 petites entreprises en France. «Prévifrance, qui gère la protection sociale de 3 000 entreprises, a une forte expertise en la matière et donc une longueur d’avance. D’autant que nous gérons déjà le régime social des indépendants (RSI)» ajoute le directeur.

Retraités, chômeurs… Les oubliés de l’ANI

Henry Mathon n’ignore pas que cette fiscalité additionnelle peut peser sur les petites entreprises, même si elles bénéficient d’exonérations fiscales et sociales, et en pousser certaines à proposer un panier de soin basique aux salariés, contraignant ces derniers à se sur-assurer. Il préfère cependant penser que le choix de garanties plus généreuses peut constituer un élément de fidélisation du salarié.

En filigrane, se pose le risque de produire des inégalités de couverture entre salariés, selon qu’ils dépendent d’une branche puissante économiquement ou moins favorisée.

Henry Mathon estime aussi que l’ANI constitue, d’une certaine façon, une avancée paradoxale. En effet ce dispositif ne traite que les actifs. «Nous n’avons pas de solution concrète pour les retraités. Et pour les chômeurs, au-delà de la portabilité de la mutuelle, c’est pire. Personne ne traite ce dossier. Les syndicats devraient s’en préoccuper» analyse-t-il. Question de solidarité.

Source : La Dépêche