Pourquoi votre médecin généraliste pourrait bientôt relever ses tarifs ?

Une consultation à 25, voire 30 euros, au lieu des 23 euros réglementaires : depuis quelques mois, plusieurs centaines de médecins généralistes augmentent unilatéralement leurs tarifs, malgré l’opposition de la Sécu. Un moyen de protester contre leurs conditions de rémunération, en vue du démarrage imminent des négociations sur la nouvelle convention médicale. Explications avec le Dr Claude Leicher, président de MG France, le principal syndicat de médecins généralistes, qui facture depuis mars dernier ses consultations à 25 euros.

Vous appelez depuis près de 10 mois les médecins à appliquer un tarif de 25 euros au lieu de 23 pour leurs consultations. Le mouvement est-il suivi ? 

Claude Leicher : L’assurance maladie évoquait récemment 200 à 400 médecins ayant pris cette initiative, mais ce nombre est probablement plus élevé désormais. Depuis que nous avons relancé le mouvement début janvier, de nombreux confrères m’ont confié leur volonté de nous emboîter le pas. Nous estimons que plusieurs milliers s’y mettent progressivement et je suis convaincu que la majorité des quelque 52.000 généralistes libéraux s’y seront convertis d’ici la fin du mois.

Pourquoi réclamer une telle hausse, alors que les médecins généralistes ne sont pas parmi les plus mal lotis en termes de rémunération ? 

Claude Leicher : Certes, les médecins gagnent bien leur vie, mais comparé à la durée des études et à la charge de travail nous ne roulons pas non plus sur l’or. En moyenne, un généraliste en libéral touche 72.000 euros net par an, pour 57 heures travaillées par semaine. Ce qui, en enlevant les congés, représente environ 26 euros net de l’heure. Ensuite, et c’est un point important, la médecine générale n’est pas traitée comme les autres spécialités, pour lesquelles la consultation est fixée à 25 euros. Nous exigeons désormais l’équité pour ce montant. Enfin, le tarif de la consultation n’a pas bougé depuis 2011, alors que nos charges (cotisations sociales, loyer, électricité…) augmentent d’année en année. Aujourd’hui, ce tarif de 23 euros est insuffisant pour assurer un service convenable. Un exemple : pour faire tourner son cabinet, un médecin seul ne peut plus se permettre d’embaucher une secrétaire, qui coûte environ 30.000 euros par an, charges comprises. C’est la raison pour laquelle il y a en moyenne une secrétaire pour trois médecins actuellement. Dans l’Union européenne, la moyenne est plutôt de 2,5 équivalent temps plein par médecin.

Reste qu’au final, c’est tout de même le patient qui subit cette hausse de tarifs…

Claude Leicher : La plupart des mutuelles prennent en charge les dépassements d’honoraires. Pour les autres, en partant du principe qu’un patient consulte en moyenne 4 à 5 fois son médecin traitant dans l’année, cela ne représente qu’une hausse de 8 à 10 euros par an, ce qui n’a rien d’insurmontable pour la majeure partie de la population. Et pour ceux qui sont en difficulté financière, il est évident que nous n’appliquons pas cette revalorisation tarifaire. Idem pour ceux qui y seraient opposés – même si aucun de mes patients n’a émis d’objection depuis que j’ai instauré ce tarif de 25 euros en mars dernier.

Ces augmentations unilatérales ne vous exposent-elles pas à des poursuites ?

Claude Leicher : Nous appliquons cette majoration au titre des « exigences particulières », qui peuvent être appliquées en cas de circonstances exceptionnelles, par exemple si la consultation prend un temps plus long que prévu ou si elle se déroule en dehors des heures habituelles. J’ai déjà reçu des lettres de menace de l’assurance maladie, me demandant d’arrêter d’appliquer ce tarif, mais cela ne me fait pas peur.

Ne serait-il pas plus simple de basculer en secteur 2, afin de pratiquer des honoraires libres ? 

Claude Leicher : Le basculement en secteur 2 est impossible pour tous les généralistes installés en secteur 1, et l’accès au secteur 2 est interdit aux seuls généralistes depuis 1993. De plus, nous restons attachés aux tarifs conventionnés et souhaitons que les médecins généralistes exerçant dans le secteur 1 soient davantage reconnus financièrement.

On imagine que cela sera l’un des principaux sujets des négociations sur la future convention médicale…

Claude Leicher : Cette revalorisation tarifaire sera en effet l’une de nos principales revendications. Cette convention régira les rapports entre les médecins libéraux et l’assurance maladie, notamment en termes de tarifs, pour les 5 ans à venir. Les négociations s’ouvriront fin février ou début mars, pour une issue espérée en juillet prochain et une publication au Journal officiel d’ici septembre. Si ce calendrier est respecté, les nouvelles règles pourront alors s’appliquer 6 mois plus tard, soit début 2017. Je suis confiant, car lors des 4 précédents conflits tarifaires, nous avons toujours obtenu gain de cause. Le dernier en date, en 2011, avait par exemple permis de relever de 22 à 23 euros le tarif de la consultation. Mais au delà de cette mesure d’équité, nous souhaitons un véritable investissement financier sur ce métier de base de tout système de santé, la médecine générale. La consultation à 25 euros n’est qu’une étape, et il y a d’autres modes de rémunérations à développer.

Source : capital.fr