Comment Pôle emploi a tenté de se transformer en pleine crise

Créé en 2008, Pôle emploi est souvent l’objet de nombreuses critiques. Depuis 10 ans, l’établissement public a connu plusieurs évolutions, notamment concernant le suivi des demandeurs d’emploi.

Les négociations des partenaires sociaux pour réformer l’assurance-chômage touchent à leur fin. C’est le deuxième grand chantier social du quinquennat après l’adoption des ordonnances réformant le Code du travail. Certains sujets en discussion comme l’ouverture des droits à l’assurance-chômage pour les indépendants et les salariés démissionnaires concernent directement Pôle emploi (l’établissement public chargé de l’emploi en France).

D’autres mesures, qui ne figurent pas dans les négociations sur l’assurance-chômage, pourraient également concerner Pôle emploi dans les mois à venir, par exemple le renforcement du contrôle des chômeurs ou le vaste plan de formation (former un million de demandeurs d’emploi peu ou pas qualifiés) promis par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle.

Pôle emploi: une création en pleine crise financière

En première ligne pour lutter contre le chômage de masse, Pôle emploi a connu de nombreuses évolutions depuis dix ans. Créé le 19 décembre 2008, Pôle emploi est issu de la fusion entre l’ANPE (l’agence nationale pour l’emploi qui accompagnait les chômeurs dans leurs recherches, NLDR) et l’Assédic (association pour l’emploi dans l’industrie et le commerce qui versait les indemnités chômage, NLDR). Pour rappel, l’ANPE a été créée en 1967 avec comme objectifs la centralisation des offres et des demandes d’emploi mais aussi la réalisation de statistiques sur le nombre de demandeurs d’emploi. De son côté, l’Assédic a été créée en 1958.

Lors de son lancement, la mission de Pôle emploi – nouveau «guichet unique» – était triple: inscrire, indemniser, aider au retour à l’emploi les chômeurs. Initialement, la fusion répondait à plusieurs exigences, notamment la volonté de faire des économies. «La pression budgétaire faisait partie des raisons de fond», explique l’économiste Yannick L’Horty. Avant de poursuivre: «On disait qu’il y avait trop d’acteurs et on voulait rationaliser». Bruno Coquet, auteur de l’ouvrage «Un avenir pour l’emploi: sortir de l’économie administrée», rappelle lui aussi le contexte de 2008: «Certains disaient que c’était mal géré et on parlait de ‘double file d’attente’, l’idée c’était de faire des économies d’échelle». Cette fusion s’est accompagnée d’un changement dans le recrutement des conseillers Pôle emploi: il se faisait auparavant sur concours et se fait désormais sur CV «classique», comme dans le secteur privé.

Rapidement après sa création, l’établissement public a dû faire face à une forte augmentation du nombre de chômeurs inscrits. En cause, la crise financière mondiale de 2008. «Pôle emploi a été mis en œuvre durant la crise alors que l’économie connaissait une profonde récession. En termes de calendrier, c’était le pire moment», analyse Yannick L’Horty. «Il y a eu une augmentation considérable du nombre de chômeurs que personne n’avait prévu dans sa durée et son intensité: ça a pesé sur l’action et les marges de manœuvre de l’organisation», détaille-t-il. Son de cloche identique chez Bruno Coquet: «Quand Pôle emploi a été créé, c’était le début de la crise, il y avait presque des émeutes devant les Pôles emploi». Entre janvier 2009 et janvier 2015, le nombre d’inscrits, toutes catégories confondues, est en effet passé de 3,9 millions à 6,2 millions. Pour rappel, Pôle emploi compte actuellement 54.000 agents opérant partout sur le territoire français et les effectifs de l’établissement sont restés stables depuis la fusion de 2008.

Réforme du suivi des chômeurs et «virage numérique»

Pour faire face à la crise et à l’afflux de demandeurs d’emplois en traitement plus finement les problèmes, Pôle emploi a réformé en 2012 le suivi des chômeurs en définissant trois grandes catégories: les chômeurs les plus éloignés de l’emploi qui bénéficient d’un «accompagnement renforcé» avec des conseillers «dédiés» qu’ils doivent voir au moins une fois par mois; les chômeurs moins éloignés du marché du travail mais qui ont besoin d’être {…}

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Source : lefigaro.fr