Plan d’urgence pour l’emploi: les syndicats opposés à plus de flexibilité du travail

Manuel Valls recevait ce lundi les leaders syndicaux et patronaux afin de préciser les annonces faites par François Hollande lors de ses vœux télévisés du 31 décembre. Tandis que le Medef souhaite faciliter le licenciement dans le contrat de travail, les syndicats dénoncent la précarisation de l’emploi.

Branle-bas de combat à Matignon. Les syndicats, qui ont été l’un après l’autre reçus par Manuel Valls ce lundi, ont dénoncé la précarisation de l’emploi demandée selon eux par le patronat et insisté sur la qualité et le ciblage des 500.000 formations de chômeurs supplémentaires annoncées par François Hollande. Le chef de l’Etat, qui précisera lundi prochain son plan pour l’emploi au Conseil économique, social et environnemental (Cese), a subordonné sa candidature à l’élection présidentielle de 2017 à une baisse du chômage toujours pas en vue. Ses annonces seront suivies d’un séminaire sur la formation et l’apprentissage fin janvier avec les partenaires sociaux et les régions, ont précisé les représentants reçus les uns après les autres à Matignon.

Dénonçant comme tous ses homologues l’appel de six organisations patronales ou associations d’entrepreneurs dimanche en faveur d’un contrat de travail plus souple, le secrétaire général de Force ouvrière (FO) a dit qu’il ne pensait pas que le gouvernement y répondrait favorablement. «Je ne pense pas que ce soit dans l’air du temps du côté du gouvernement», a dit Jean-Claude Mailly, après sa rencontre avec le premier ministre et la ministre du Travail, Myriam El Khomri. L’exécutif a exclu à de nombreuses reprises de réexaminer la question du contrat de travail dans un avenir proche.

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a dénoncé le «lobbying» du patronat, en soulignant que 41 milliards d’euros d’aides aux entreprises avaient déjà été annoncés. «J’en ai assez aujourd’hui d’organisations patronales qui, mois après mois, font croire que ce serait en multipliant les mesures qui vont contre la sécurité des salariés qu’on fera baisser le chômage», a-t-il dit. «Il est hors de question pour la CFDT de faire payer le coût du chômage aux salariés», a-t-il ajouté. «Il est hors de question de revenir sur le contrat de travail.» Pour le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, «ce n’est pas en favorisant les licenciements qu’on va créer de l’emploi».

Le président du Medef, Pierre Gattaz, a plaidé auprès du premier ministre pour un contrat de travail dans lequel les causes de licenciement d’un salarié seraient davantage «clarifiées» en amont, afin de minimiser le «risque» juridique pour les chefs d’entreprise. Il a pris pour exemple un chef d’entreprise confronté à une baisse de son chiffre d’affaires pendant «deux ou trois trimestres» et qui serait autorisé à licencier pour ce motif.

Réserves et interrogations

Les syndicats ont exprimé leurs réserves sur des projets du gouvernement, certains dénonçant notamment la barémisation des indemnités prud’homales que Manuel Valls a confirmée lundi. Le barème sera le même quelle que soit la taille de l’entreprise, le niveau des indemnités dépendant de l’âge du salarié et de son ancienneté, a précisé le président de l’organisation patronale CGPME, François Asselin. La création d’un tel barème, présenté comme un remède à la «peur d’embaucher», figurait dans la loi Macron mais avait été censurée par le Conseil constitutionnel en raison de la distinction qui était faite entre grandes et petites entreprises.

Des syndicats ont par ailleurs critiqué la nouvelle aide à l’embauche dans les petites et moyennes entreprises annoncée le 31 décembre par François Hollande, qui devrait donner des précisions lundi prochain. Favorables aux annonces du chef de l’Etat sur les 500.000 formations supplémentaires pour les demandeurs d’emploi et le développement de l’apprentissage, les représentants syndicaux n’ont guère obtenu de précision.

Le futur plan de formations doit être «100% utile», a dit Laurent Berger. «Il faut qu’il s’inscrive dans un parcours, avec un accompagnement vers le retour à l’emploi, mais que les formations soient aussi inscrites dans des besoins réels des bassins d’emploi et dans les besoins de l’économie.» De son côté, Philippe Martinez a déclaré: «On attend de voir où sont les métiers en tension et où il y a besoin d’emplois, pour l’instant ce n’est pas très précis.»

Le séminaire prévu fin janvier, qui doit réunir le gouvernement, les syndicats mais aussi Pôle emploi, abordera les «détails» de ce plan de formation, dont le financement n’est pas encore connu, a indiqué François Asselin, le président de la CGPME. «L’objectif de 500.000 nous paraît un peu irréaliste. C’est une belle annonce très ambitieuse. Nous demandons qu’elle soit efficace», a-t-il poursuivi.

Lors de ses vœux télévisés du 31 décembre, François Hollande a décrété «l’état d’urgence économique et social», face à un chômage qui tutoie les sommets: 3,57 millions de chômeurs en métropole à la fin novembre. Parmi les mesures qu’il compte mettre en place, le président a annoncé 500.000 formations supplémentaires pour les chômeurs, une nouvelle prime à l’embauche pour les PME et un «effort» pour l’apprentissage.

Source : lefigaro.fr