Pesticides : quelles conséquences pour le vin et les consommateurs ?

À l’occasion de l’inauguration de la Cité du Vin mardi 31 mai à Bordeaux, des voix s’élèvent pour interdire certains pesticides utilisés dans la culture du vin.

Alors que François Hollande et Alain Juppé trinquaient à l’inauguration de la cité du Vin à Bordeaux, l’ambiance dehors n’était pas à la fête. L’association Les Amis de la Terre de Gironde, mais aussi des riverains et des agriculteurs étaient présents pour interpeller le président sur la question des pesticides. La région est particulièrement exposée : sur les 65 000 tonnes de pesticides purs épandues en moyenne chaque année dans en France, 3 320 tonnes le sont en Gironde.

« Nous demandons dans un premier temps la suppression des pesticides CMR (Cancérogène, Mutagène et Reprotoxique), dangereux pour la santé », explique à RTL.fr Aurélie Schild, administratrice de l’association. Même son de cloche du côté des professionnels de la santé. Pierre-Michel Perinaud, Président de l’association Alerte médecins pesticides, a expliqué à la rédaction numérique de RTL, les possibles effets d’un vin issu d’une vigne traitée aux pesticides.

Aucune étude concernant les effets sur les consommateurs n’a encore abouti. « Mais on sait que certains résidus de pesticides que l’on retrouve dans nos bouteilles sont mauvais pour la santé, averti Pierre-Michel Perinaud. Il y a donc les CMR qui, comme leur nom l’indique, sont cancérogènes et peuvent être à l’origine de problèmes de fertilité. Les autres pesticides dangereux sont les perturbateurs endocriniens. Ils sont mis en cause dans des problèmes de métabolisme comme le diabète, des cancers hormonaux dépendants ou des troubles du développement chez l’enfant ». « Il n’est donc pas raisonnable de laisser ces résidus dans un produit de consommation », conclut le médecin.

Mais retirer ces pesticides changeraient-il le goût dans notre verre ? Et bien pas du tout selon Cécile Mezzanotte, caviste à la Cavavin de Malakoff, dans les Hauts-de-Seine. « Il y a de très bons comme de très mauvais vins bio, déclare-t-elle à RTL.fr. Tout dépend de la technique du vigneron ». Petite exception pour les vins dit « natures », encore plus bio que bio, puisqu’il y a pas de pesticides ni de souffres et que leur culture est calée sur un calendrier lunaire. « Eux sont plus frais. On sent bien le goût du raisin et ils ont plus de possibilités d’évolution », précise la caviste.

Du purin d’orties pour remplacer les pesticides

Les Amis de la Terre de Gironde souhaitent donc remplacer les mauvais pesticides par des Préparations Naturelles Peu Préoccupantes (PNPP). « Il y en a à base de purin d’orties ou de décoction de plantes, cite Amélie Schild. Bien utilisées, elles sont aussi efficaces qu’un pesticide ». L’association demande donc un accompagnement pour aider les agriculteurs à faire la transition. Pour eux, comme pour Alerte médecins pesticides, la situation devient urgente.

« Les pesticides sont également mauvais pour la santé des agriculteurs qui les utilisent, mais aussi pour les riverains indirectement exposés », prévient Pierre-Michel Perinaud. « Une étude réalisée en Gironde montre le lien entre le fait d’être directement exposé aux pesticides, comme les agriculteurs, et les risques de tumeurs cérébrales », explique le médecin. « Selon une expertise de l’Inserm de 2013, les pesticides auraient un lien fort avec les risques de leucémies, tumeurs cérébrales et malformations congénitales chez les enfants exposés dans le ventre de leur mère », ajoute-t-il.

Source : rtl.fr