Papillomavirus : le nouveau vaccin, « une protection à 90% contre le cancer du col »

Un nouveau vaccin contre le papillomavirus va bientôt être disponible en France. Interview de Joseph Monsonego, gynécologue, spécialiste de la prise en charge des pathologies liées au papillomavirus (HPV). Il a coordonné pour la France les essais cliniques sur les vaccins Gardasil (Sanofi Pasteur MSD) et Cervarix (GlaxoSmithKline).

En quoi le Gardasil 9 serait-il plus efficace que sa version précédente ?

Ce vaccin, qui a reçu l’agrément de l’EMA (Agence européenne des médicaments), ne sera disponible en France qu’à l’automne 2017. Il faut rappeler que tous les cancers du col de l’utérus sont dus au papillomavirus, un virus sexuellement transmissible. Sur les 13 types de virus à risque, 6-7 peuvent provoquer un cancer, les autres sont à l’origine d’anomalies du frottis qui n’évoluent pas.

La version précédente, le Gardasil 4, protège notamment contre les types 16 et 18, responsables de 70% des cancers du col et de 50 à 60% des lésions précancéreuses. Une jeune fille vaccinée avec le Gardasil 4 ne sera protégée qu’à 50% contre ces lésions, elle devra donc continuer à faire des frottis toute sa vie, tous les 3 ans.

Avec le Gardasil 9, on a rajouté 5 types de virus supplémentaires. Le spectre est plus large, la jeune fille est désormais protégée à 80% contre les lésions précancéreuses. La protection contre le cancer grimpe, elle, à 90%. Plus besoin donc de frottis tous les trois ans, un simple test pour détecter le HPV tous les 5 à 8 ans sera nécessaire pour vérifier si elle n’a pas rencontré un autre type de virus que les neuf présents dans le vaccin.

Les opposants à ce vaccin soutiennent qu’il est inutile, puisque le frottis permet de détecter anomalies et lésions précancéreuses…

Le dépistage par frottis comporte plusieurs limites : il est lourd, coûteux et pas totalement efficace. Il n’a pas éradiqué le cancer du col de l’utérus, puisque chaque année en France, on compte 3.500 nouveaux cas et 1.000 décès. 30 à 35.000 lésions précancéreuses sont détectées. Quand on observe la courbe d’incidence de la maladie depuis 15 ans, elle est en plateau. On ne progresse plus. Le dépistage est en outre mal pratiqué. La couverture est mauvaise, seules 60% des femmes font un frottis tous les trois ans. Une frange significative échappe au dépistage et d’autres s’y adonnent au contraire trop souvent. C’est une situation bâtarde.

Et même lorsqu’on fait des frottis régulièrement, on n’est pas totalement protégée. Un tiers des cancers du col sont dépistés entre deux frottis normaux pratiqués à trois ans d’intervalle ! C’est pour cette raison que des mesures complémentaires, comme le test HPV, ont été introduites dans plusieurs pays, par exemple les Pays-Bas.

Ce vaccin suscite une grande méfiance. Ainsi, une trentaine de plaintes ont été déposées en France et récemment, des médecins danois ont alerté l’Agence européenne des médicaments, en raison d’effets indésirables rares, mais sérieux (« le Monde », 9/12/2016). Que répondez-vous à ces critiques ?

L’étude la plus robuste sur les effets indésirables date de 2015, elle est française et a été menée en 2015 par l’Agence nationale de sécurité du médicament sur 2 millions de jeunes filles âgées de 13 à 16 ans, dont plus de 800.000 avaient été vaccinées contre le papillomavirus. Plus de 14 maladies auto-immunes ont été analysées. Cette étude a démontré qu’on n’observait pas de surrisque dans le groupe des vaccinées par rapport aux non vaccinées, à part pour le syndrome de Guillain-Barré (une maladie inflammatoire du système nerveux périphérique, NDLR). Mais pour cette pathologie déjà très rare, le risque n’est augmenté que de 1 à 2 cas pour 100.000 jeunes filles vaccinées. Le bénéfice-risque du vaccin reste donc largement favorable.

Source : nouvelobs.com