Mettre au jour les inégalités en santé: comment ne laisser personne de côté

La présence d’un professionnel de la santé qualifié lors de l’accouchement peut sauver la vie de la femme et de son enfant. Mais, dans de nombreuses parties du monde et à l’intérieur de bien des pays, cette présence est souvent un luxe…

Lorsqu’une femme est pauvre, il est même encore plus probable qu’elle accouche sans aide, mettant ainsi la vie de son enfant et sa propre vie en danger.

En Indonésie, c’est une situation courante lorsque les femmes sont pauvres. Il y a 20 ans, seule une femme sur 5 parmi les 20% les plus démunies accouchait avec l’aide d’une personne qualifiée.

En reconnaissant l’existence des inégalités et en ciblant des programmes sur les populations les plus démunies, l’Indonésie a pu améliorer le nombre d’accouchements ayant lieu en présence de personnel qualifié parmi les populations les plus pauvres, ce nombre s’établissant à 3 accouchements sur 5 pendant la période allant de 2007 à 2012. En revanche, pour les 20% de femmes les plus aisées, la quasi-totalité des accouchements se sont déroulés en présence d’un professionnel de la santé.

«Nous travaillons dur pour réduire les inégalités en santé en Indonésie, mais celles-ci persistent toujours» affirme Rustini Floranita, administrateur de l’OMS en charge des questions touchant aux femmes, à l’équité et aux droits de l’homme en Indonésie. «Nous devons continuer à trouver des moyens de mettre au jour et cibler ces disparités afin que les populations les plus défavorisées bénéficient des mêmes soins de santé que les populations les plus riches.»

Un logiciel pour mesurer les disparités dans le domaine de la santé

Pour aider les pays comme l’Indonésie à suivre l’évolution des inégalités en santé, l’OMS a mis au point un nouvel outil dénommé outil d’évaluation pour l’équité en santé (HEAT). Il s’agit d’un logiciel qui utilise les données de l’«Health Equity Monitor» de l’OMS (instrument de suivi de l’équité en santé) et permet aux professionnels de la santé et aux chercheurs d’étudier les inégalités en santé dans leurs pays. Les utilisateurs peuvent en outre comparer la situation dans leur pays avec celle des autres pays.

À côté des données sur la proportion d’accouchements ayant lieu en présence de personnel qualifié, les utilisateurs de l’outil d’évaluation pour l’équité en santé peuvent déterminer les variations de la couverture dans le domaine de la vaccination, des soins prénatals, de la contraception et de l’allaitement au sein, pour ne nommer que quelques uns des indicateurs couverts.

En avril 2016, l’OMS a tenu un atelier en Indonésie, pendant lequel 30 personnes venant du Ministère de la santé, de l’Office national de statistiques de l’Indonésie, des milieux universitaires et d’autres organismes des Nations Unies ont été formées à l’évaluation des données nationales relatives à l’inégalité en santé grâce à l’outil d’évaluation HEAT.

Lors de cet atelier, les participants ont constaté que, pour la majeure partie des indicateurs, la couverture d’interventions sanitaires en faveur des femmes et des enfants progressait le plus vite en Indonésie parmi les populations les plus défavorisées, notamment les plus démunies, les moins éduquées et les habitants des zones rurales.

Lorsque l’on compare l’Indonésie avec les pays voisins, les disparités sont plus fortes. Dans certaines parties des régions de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental, certains pays fournissent une couverture presque totale, pour les accouchements en présence de personnel qualifié, dans tous les groupes de population considérés sur la base de la situation économique, du niveau d’éducation et du lieu de résidence. Et, dans d’autres pays, les disparités sont mêmes plus grandes qu’en Indonésie.

La «base de données intégrée» de l’outil d’évaluation HEAT a été très bien accueillie par les participants à l’atelier», indique Rustini Floranita. «Elle facilite l’analyse et la communication concernant les inégalités en santé, et comporte des tableaux et graphiques interactifs et individualisés qui peuvent être téléchargés et utilisés. Dès que nous serons en mesure d’intégrer nos propres données, nous pourrons suivre l’évolution d’un nombre encore plus grand d’inégalités.»

En utilisant les données provenant de l’outil d’évaluation HEAT et d’autres données issues d’enquêtes auprès des ménages, de centres de santé, de recensements, et de l’enregistrement et des statistiques de l’état civil, les participants prévoient d’élaborer un rapport national sur la situation en matière d’inégalités en santé en Indonésie, qui aidera le pays à faire en sorte que personne ne soit laissé de côté à l’avenir.

L’équité au cœur des objectifs de développement durable

L’équité se trouve au cœur du Programme de développement durable à l’horizon 2030. En prenant l’engagement de réaliser les objectifs de développement durable (ODD), les pays se sont engagés à ne laisser personne de côté. L’objectif 3 vise principalement à permettre à tous – à tout âge – de vivre en bonne santé, en faisant de l’équité une question centrale dans ce domaine, et l’objectif 10 demande la réduction des inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre afin de favoriser l’intégration et l’autonomisation de tous.

Mais parvenir à l’équité nécessite d’identifier en premier lieu où se trouvent les inégalités et de suivre ensuite les progrès réalisés en vue de leur réduction.

«Pour réaliser l’équité en santé, il est essentiel de disposer de systèmes solides d’information sanitaire permettant de collecter, d’analyser et de présenter des données ventilées couvrant tous les domaines de la santé», indique Ahmad Reza Hosseinpoor, administrateur technique de l’OMS dans le Département Information, bases factuelles et recherche. «L’outil d’évaluation HEAT fournit des données d’information sur la situation en matière d’inégalités en santé et peut aider les pays à fixer des priorités et à élaborer des politiques, programmes et interventions axés sur l’équité.»

Source : who.int