Médicaments: La codéine et d’autres dérivés de l’opium seront uniquement délivrés sur ordonnance

Le gendarme du médicament avait signalé deux décès de jeunes liés à l’abus de ces médicaments depuis le début de l’année…

Les médicaments à base de codéine ne pourront désormais être délivrés que sur ordonnance, a annoncé ce mercredi le ministère de la Santé. L’arrêté ministériel inscrivant la codéine et d’autres dérivés de l’opium sur la liste des médicaments délivrés uniquement sur ordonnance est à effet immédiat.

« Mettre un terme à des pratiques addictives dangereuses et potentiellement mortelles »

Il a été signé, selon le ministère, afin de « mettre un terme à des pratiques addictives dangereuses et potentiellement mortelles » liées à l’usage détourné de ces produits.Tous les médicaments contenant de la codéine, du dextrométhorphane, de l’éthylmorphine ou de la noscapine sont concernés.

Jusqu’à présent, ces médicaments – le plus souvent des antidouleurs et des sirops contre la toux – pouvaient être délivrés sans ordonnance s’ils contenaient une quantité de principe actif inférieur à un certain seuil. Reste que de plus en plus d’adolescents consomment des cocktails à base de codéine, détournée en drogue.

Purple drank, Lean ou Codé Sprite

L’Observatoire français des drogues et de la toxicomanie (OFDT) s’est ainsi inquiété à son tour de la consommation à des fins « récréatives » par les adolescents de médicaments codéinés vendus en pharmacie sans ordonnance.

Un mois à peine après l’Agence française de sécurité du médicament (ANSM), l’OFDT pointe dans une note publiée ce mardi sur son site Internet l’augmentation de ces usages détournés de codéine, le plus souvent sous la forme de boissons appelées Purple drank, Lean ou Codé Sprite. Toutes sont des mélanges de sodas avec des médicaments en vente libre, notamment des sirops antitussifs et des antalgiques voire des antihistaminiques.

« Des demandes suspectes de délivrance de codéinés »

« Repérées pour la première fois en 2013, des demandes suspectes de délivrance de codéinés, des cas d’abus, voire de dépendance, chez des adolescents et jeunes adultes ont continué de faire l’objet de signalements avec une multiplication de cas à partir de 2015 », explique l’OFDT.

Les premiers signalements auraient été lancés en Aquitaine, avant que l’inquiétante tendance ne touche l’ensemble de la France. L’OFDT alerte notamment sur une « extension possible de ces conduites préoccupantes qui peuvent prendre désormais la forme de consommations non diluées de substances codéinées et d’usages hors de tout contexte festif ».

Ivresse, démangeaisons, convulsions

Dans la plupart des cas, les jeunes, qui ne sont pas des consommateurs de drogues réguliers, ont évoqué « des sensations d’ivresse analogues aux effets de l’alcool », précise l’OFDT. Sans oublier qu’en se dégradant dans l’organisme, 10 % de la codéine se transforme en morphine.

Inquiet, l’observatoire rappelle que ces médicaments en vente libre ne sont pas dépourvus d’effets secondaires. Et dans la plupart des cas, leurs usages détournés impliqueraient des troubles du sommeil et du transit, ainsi que des démangeaisons. Plus grave, ils peuvent engendrer des troubles de la vigilance, du comportement ou surtout des crises convulsives généralisées pouvant mener à une hospitalisation.

« À plus long terme, l’usage détourné de médicaments codéinés peut entraîner une accoutumance, voire une dépendance. Le risque de surdose (dépression respiratoire) est également majoré par le mélange des molécules et la consommation d’alcool », précise enfin l’OFDT. L’ANSM a, elle, signalé deux décès de jeunes liés à l’abus de ces médicaments survenus depuis le début de l’année.

Source : 20minutes.fr