Médecine personnalisée : feu vert pour la création de plateformes de séquençage du génome

Le plan « Médecine France génomique 2025 », annoncé il y a six mois par Marisol Touraine se concrétise. La ministre de la Santé vient d’annoncer le lancement d’un appel à projets amorçant le financement des deux premières plateformes génomiques à visée diagnostique et de suivi thérapeutique, sur les 12 attendues dans les 5 ans.

Le souhait du ministère de la Santé de se lancer dans la médecine personnalisée via le séquençage à très haut débit du génome humain prend forme. En juin 2016, Marisol Touraine annonçait le projet ambitieux de se perfectionner dans la médecine génomique avec la création de douze plateformes haut débit de séquençage du génome ainsi que deux centres de référence.

Six mois plus tard, la ministre lance un appel à projets amorçant le financement des deux premières plateformes génomiques sur les douze attendues dans les cinq ans. Conçu en lien avec Aviesan*, pilote du plan « Médecine France génomique 2025 », l’appel à projets s’adresse aux établissements de santé et aux industriels. Les dossiers déposés seront sélectionnés par un comité scientifique international, dont les conclusions sont attendues d’ici juin 2017.

« Grâce au plan Médecine France génomique 2025, la France s’engage fortement dans la révolution de la médecine personnalisée. Demain, pour soigner de manière adaptée au capital humain de chacun, nous avons besoin de connaître aujourd’hui le génome de chaque individu », a déclaré Marisol Touraine.

Ce plan doit d’ici dix ans positionner la France dans le peloton de tête des grands pays engagés dans la médecine génomique et ambitionne aussi de faire émerger une filière médicale et industrielle nationale en médecine génomique.

Le cancer et les maladies rares en priorité

Ces douze plateformes ont pour mission l’analyse complète de l’ordre des gènes qui composent l’ADN de chaque individu, sur l’ensemble du territoire. « Ce séquençage améliorera la prévention, le diagnostic et donc les soins dispensés aux patients », explique le ministère de la Santé.

Concrètement, la nature et l’ordre d’enchaînement des gènes qui composent l’ADN de chaque personne sont analysées pour déterminer les risques de développer certaines maladies, pour adapter les traitements en fonction du patient et pour anticiper ses réactions face aux médicaments administrés. Les deux centres nationaux d’expertise garantiront quant à eux la cohérence du dispositif.

Les trois premières pathologies concernées par ce dernier sont le cancer, le diabète et les 8000 maladies rares qui touchent plus de trois millions de personnes en France, un enjeu majeur de santé publique. En effet, la médecine personnalisée est prioritairement destinée à lutter contre les cancers, « en ce sens où l’accès au génome entier permettra une adaptation thérapeutique – notamment par immunothérapie – bien plus efficace », précise le ministère.

À partir de 2020, le dispositif sera étendu à la prise en charge de maladies communes, regroupant les pathologies du métabolisme (obésité) ainsi que les maladies cardiovasculaires et neuro-dégénératives (Alzheimer).

Les enjeux de la médecine génomique

La France n’est pas le seul pays à vouloir introduire la médecine de précision dans le parcours de soin, car l’Aviesan précise dans son rapport que des programmes similaires ont été lancés au Royaume-Uni en 2012 et aux USA en 2014. « La forte compétition internationale autour de la médecine génomique s’explique par les enjeux qui lui sont attachés », explique l’organisme.

Outre les enjeux scientifiques et de santé publique liés au fait que la médecine génomique vise à « révolutionner le parcours de soin », l’enjeu technologique est non moins important puisque « c’est une véritable filière d’excellence en sciences du calcul et des données en biologie santé qui va émerger ». Enfin, les bénéfices seront aussi économiques sur le long terme.

« La médecine génomique est une médecine de précision, et cette précision va supprimer des coûts du système de santé actuel », explique l’Aviesan qui évoque des avantages « comme une diminution du nombre de bilans inadaptés, une réduction des délais d’analyse, une suppression ou limitation de médicaments inutiles et même un gain d’années de vie ».

Reste à savoir si l’objectif précis de prendre en charge à l’horizon 2020 environ 235 000 séquences de génomes par an, correspondant à 20 000 patients atteints de maladies rares et leurs familles et 50 000 patients prioritaires car atteints de cancers métastatiques/réfractaires au traitement sera tenu.

*L’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé

Source : santemagazine.fr