Maladie de Lyme : l’Académie de médecine craint les surdiagnostics

Alors que la polémique grandit depuis quelques semaines autour de la maladie de Lyme, l’Académie de médecine vient d’y consacrer une séance spéciale, faisant état des connaissances scientifiques et des pratiques médicales. Agnès Gaubert-Picca, secrétaire adjointe de l’Association France Lyme, s’est exprimée dans « Le magazine de la santé » le 21 septembre 2016.

La maladie de Lyme dont la prise en charge est critiquée par les associations de patients est une pathologie émergente complexe qui se guérit facilement lorsqu’elle est prise tôt, mais reste difficile à détecter dans ses formes tardives, selon des spécialistes réunis mercredi 21 septembre, à l’Academie de médecine.

« Un patient récupère d’autant mieux qu’il est traité tôt », a souligné le Pr Daniel Christmann, spécialiste de cette maladie à l’occasion d’une session consacrée par l’Académie de médecine à cette maladie potentiellement invalidante due à la borréliose, une bactérie transportée par les tiques.

Une prise en charge insuffisante
Encore mal connue par de nombreux médecins qui appliquent des traitements trop brefs, la maladie s’est développée ces dernières années parallèlement à la propagation des tiques, qui ont peu de prédateurs naturels, grâce à des conditions climatiques favorables.

Les tiques sont notamment très présentes dans les zones boisées et les prairies du centre de l’Europe ainsi que dans l’Est et le Centre de la France. Elles s’observent également de plus en plus dans d’autres régions, y compris dans des parcs publics en région parisienne.

27.000 nouveaux cas de borrélioses de Lyme sont officiellement déclarés chaque année en France, mais selon l’association de malades en colère Lyme sans frontières qui conteste la prise en charge insuffisante de la maladie, ce chiffre serait en réalité bien supérieur, de l’ordre de « dix fois plus ».

Pour répondre à ces inquiétudes, relayées par une centaine de médecins, le gouvernement a annoncé en juin un plan d’action national qui devrait être dévoilé très prochainement.

Les trois stades de la maladie de Lyme
Environ trois à trente jours après la morsure de tique, apparaît un « érythème migrant », une tache rougeâtre qui s’étend lentement et qui disparait spontanément au bout de trois à six semaines.

« C’est le principal signe clinique de la maladie. Il suffit qu’il soit présent pour qu’on puisse entamer un traitement antibiotique d’une durée de deux à trois semaines qui guérit le malade », souligne le Pr Benoit Jaulhac, du Centre national de référence des borrélioses.

Il reconnaît toutefois que près de la moitié de ces érythèmes passent inaperçus parce que moins visibles (cuir chevelu, dos…). Aucun test sanguin n’est indiqué à ce stade dans la mesure où il ne s’agit encore que « d’une infection locale », ajoute-t-il.

Le deuxième stade de la maladie correspond à une dissémination de la bactérie via les ganglions et le sang et peut se traduire par des troubles neurologiques, notamment des paralysies faciales ou des symptômes de méningite, mais également des signes nettement moins spécifiques comme de la fatigue ou des maux de tête.

Le troisième stade, qui peut durer des années, se manifeste sous la forme de problèmes divers (cutanés, articulaires, etc.).

La question des formes tardives
C’est sur la détection de ces formes tardives qu’associations de patients et une partie du corps médical sont en désaccord, les premiers reprochant au test sanguin Elisa actuellement autorisé en France de ne pas être suffisamment fiable pour repérer tous les cas de borréliose.

« Je ne vois que cela, des faux diagnostics et pendant ce temps les symptômes des patients s’aggravent », souligne le Pr Christian Perronne, l’un des initiateurs de l’appel des médecins en faveur de nouveaux tests. Il milite également pour que les patients puissent avoir droit à des traitements antibiotiques longs ou d’autres traitements (parasitaires, antifongiques) même avec des tests négatifs, contrairement aux recommandations officielles. « J’ai vu des patients ressusciter après ces traitements », raconte-t-il.

Son activisme est contesté par plusieurs de ses collègues, comme le Pr François Bricaire, infectiologue qui redoute « un risque de surdiagnostic de la maladie de Lyme ». « C’est souvent une mauvaise réponse donnée à des patients qui souffrent et souhaitent que leurs plaintes soient entendues et suivies d’effet », dit-il en soulignant le danger des traitements antibiotiques prolongés.

Mais pour lui, comme pour l’Académie de médecine, la maladie de Lyme pose un « vrai problème de santé publique »qui doit faire l’objet de recherches.

Il faut également, selon l’Académie, travailler sur les autres agents pathogènes transmis par les tiques.

Source : francetvinfo.fr