Maladie d’Alzheimer : les raisons d’espérer

En France, environ 900 000 personnes sont atteintes par la maladie d’Alzheimer et 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. Faute de guérir, cette maladie neurodégénérative, qui affecte la mémoire, continue de faire peur. Pourtant, il y a des raisons d’espérer selon les scientifiques rassemblés à Bordeaux lors de la Semaine de la Mémoire.

Traitement de la maladie d’Alzheimer : la recherche progresse
Actuellement, aucun médicament ne permet de guérir la maladie d’Alzheimer mais la recherche avance et un traitement prometteur est en cours d’expérimentation.

Les premiers résultats d’un essai en phase 1 et 2, publiés dans la revue Nature, comparant l’administration à 160 patients atteints d’une pré-démence de quatre doses d’un anticorps monoclonal, l’aducanumab, à celle d’un placebo a entrainé une réduction des plaques amyloïdes (un des deux marqueurs avec la protéine Tau de la maladie) dans leur cerveau et une stabilisation de leurs troubles cognitifs.

Une autre molécule, le solanezumab, est testée en phase 3. « Elle n’a pas donné de résultats sur les patients à un stade avancé de la maladie mais elle a démontré une efficacité sur ceux étant à un stade précoce, notamment une amélioration de leurs performances cognitives sur 18 mois », explique le Pr Jean-François Dartigues, neurologue à Bordeaux. Les conclusions de l’essai sont attendues fin 2016.

Chercheurs, firmes : entre optimisme et prudence

« On a beaucoup progressé sur les mécanismes de la maladie d’Alzheimer, on sait aujourd’hui qu’il faut intervenir tôt pour bloquer le processus dégénératif. C’est tout l’enjeu car il démarre dix à quinze ans avant les premiers symptômes », affirme le Dr Bernard Laurent, neurologue à Saint-Étienne.

Pour autant, les chercheurs restent prudents.

Il y a quinze ans, une expérimentation avec un autre médicament probant a été interrompue en raison des complications graves qu’il avait provoquées chez certains patients, notamment des encéphalites auto-immunes. Bernard Laurent : « On connait à peu près les cibles inflammatoires de la maladie mais le cerveau est complexe et il y a beaucoup d’interactions ». L’expérience a laissé des traces dans les esprits : « Avant les malades et leurs familles se battaient pour participer à un essai thérapeutique. Aujourd’hui, ils sont très réticents », souligne la psycho-gérontologue Hélène Amiéva du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires

Néanmoins, l’optimisme reste de mise. Pr Dartigues : « Il est probable qu’il y ait un progrès décisif dans les cinq ans. Certes, il faut rester modeste mais il y a encore deux ou trois ans, nous n’avions plus d’espoir, les firmes se désintéressaient de la maladie d’Alzheimer car elles ne voyaient pas d’issue. Nous allons trouver un traitement, c’est sûr. Le seul moyen, c’est la recherche ».

Réduire l’incidence d’Alzheimer : de la prévention et de l’éducation
Autre bonne nouvelle : l’incidence de la maladie diminue.

Plusieurs études, réalisées dans plusieurs endroits du monde, montrent qu’à âge égal, elle a baissé de 20%. C’est le cas notamment à Rotterdam, Bordeaux, dans trois villes anglaises et à Framingam, une petite ville américaine.

Prévention : une des raisons évoquée est la meilleure prise en charge des facteurs de risques cardiovasculaires.
En effet, on sait aujourd’hui que manger équilibré, faire de l’exercice physique, surveiller sa tension artérielle, son taux de cholestérol et sa glycémie, arrêter de fumer… protègent autant le cœur que le cerveau !

Education : le niveau d’éducation joue également un rôle préventif. Et ce dernier a augmenté.
Pr Dartigues : « Plus on a fait d’études et plus on a un métier stimulant, plus sa réserve cognitive est élevée. Le cerveau est plastique. Non seulement, on a plus de matière grise mais elle fonctionne mieux ». Cela n’empêche pas d’avoir la maladie d’Alzheimer mais les signes se manifestent beaucoup plus tard dans le temps.

Troisième raison et, peut-être, la plus importante : on vieillit en meilleur état. Or, l’âge est le premier facteur de risque de la maladie.
« Ce qui est vrai pour la maladie d’Alzheimer l’est pour toutes les maladies dégénératives associées à l’âge comme la DMLA, par exemple, qui régresse aussi, signale le Pr Dartigues. Ce qui prouve que ces pathologies ne sont pas irréversibles comme on le croyait avant ».

L’intérêt des thérapies non médicamenteuses pour traiter la maladie d’Alzheimer

Faute de disposer d’un traitement miracle, la prise en charge des patients Alzheimer par des thérapies dites « non médicamenteuses » marquent le pas. Application de la méthode Montessori aux patients en institution, arthérapie, musicothérapie…

L’idée est de s’appuyer sur les facultés que les patients ont conservées pour les mobiliser plutôt que de se focaliser sur celles qu’ils ont perdues. Au Centre de Mémoire, de Ressources et de Recherche de Saint-Étienne, le Dr Isabelle Rouch a lancé une initiative de musicothérapie active avec une dizaine de patients volontaires atteints de troubles cognitifs légers. Chaque semaine, ils participent à une chorale, animée par un chef de chœur sous le contrôle d’un psychologue. L’atelier dure 1h30 dont 20 mn pour se chauffer la voix, ensuite les patients répètent les chansons qu’ils ont choisies.

« Nous avons déjà donné trois concerts, explique Isabelle Rouch. Ce qui prouve que l’on peut être diagnostiqué Alzheimer et que la vie n’est pas finie. Cette expérience a changé le regard des patients sur eux-mêmes mais surtout celui de leurs familles. On a soudain senti de la fierté vis-à-vis du conjoint ou du parent malade. C’est fondamental ».

Le projet s’inclut dans une étude visant à mesurer les effets du chant sur la maladie d’Alzheimer. La mémoire, la concentration, l’anxiété, la dépression mais aussi le bien-être, l’estime de soi, les émotions… seront évalués. Résultat en 2017.

Source : e-sante.fr