Loi Santé: surenchère des syndicats de médecins avant les élections professionnelles

Toujours remontés contre la loi santé que le Sénat s’apprête à examiner à son tour, les syndicats de médecins durcissent le ton contre le gouvernement à un mois des élections professionnelles, n’hésitant pas à renchérir sur le prix des consultations.

« Fini de se battre pour une augmentation de deux euros », déclarait Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF, principal syndicat des médecins libéraux, généralistes et spécialistes, fin août devant la presse.
Le syndicat, qui il y a encore quelques mois réclamait avec son concurrent MG France (généralistes) une hausse du prix de la consultation à 25 euros, contre 23 actuellement, annonçait sa volonté de voir ce tarif, inchangé depuis 2011, relevé à 30 euros.
Un tarif de base qui augmenterait en fonction de la complexité de l’acte afin de valoriser l' »expertise » … et de mettre fin aux consultations auxquelles certains patients arrivent avec « leur liste de courses » en ne payant qu’une seule fois, selon Luc Duquesnel, président de l’Unof, branche généraliste de la CSMF.
A l’heure où il est demandé à l’Assurance maladie plus de 10 milliards d’euros d’économie sur 3 ans, la revendication a peu de chance d’avoir les faveurs du ministère de la Santé, mais la perspective des élections des membres de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS), le 12 octobre, attise les appétits.
L’enjeu est d’autant plus crucial que ce scrutin professionnel détermine la représentativité des syndicats de médecins pour négocier la prochaine convention médicale, prévue en 2016 avec l’Assurance maladie et qui fixe en particulier les tarifs.
Des discussions qui ne devraient reprendre qu’au lendemain des élections professionnelles, pour plus de « sérénité », a déjà laissé entendre la ministre de la Santé, Marisol Touraine, alors que trois syndicats (CSMF, MG France, FMF) ont annoncé qu’il boycotteraient la conférence de santé organisée en janvier par le gouvernement.

– Consultation: de 25 à 45 euros –

Elections obligent, l’unité affichée contre le projet de loi Santé lors de la manifestation du 15 mars à Paris semble bien loin, même si la généralisation en 2017 du tiers-payant (dispense d’avance de frais) continue de susciter l’ire des médecins.
Ces derniers qui redoutent un surcroît de travail administratif, des retards de paiement ou encore une perte d’indépendance, comptent désormais sur l’examen du texte au Sénat à partir du 14 septembre pour faire entendre leur voix.
Accusé par ses homologues d’être à la « solde » du ministère, MG France dans un premier temps favorable au tiers-payant généralisé, sous condition, a durci sa position en se disant contre son obligation.
Il a également tenu à rappeler que c’est lui qui, en octobre, avait lancé en « premier » le mouvement pour des revalorisations tarifaires.
« Quand il y a des échéances électorales, tout le monde veut défendre la médecine générale », a ironisé à la rentrée son président Claude Leicher.
Chaque organisation se mobilise. MG France, qui veut garder sa place de numéro 1 parmi les généralistes, a appelé les praticiens à une fermeture, reconductible, de leur cabinet à partir du 5 octobre.
Mais le mouvement pourrait être brouillé par une action similaire lancée deux jours plus tôt, le 3 octobre, par quatre autres syndicats – le Syndicat des médecins libéraux (SML), la Fédération des médecins de France (FMF), le Bloc et l’Union Française pour une médecine libre (UFML).
Le SML, favorable au retrait « pur et simple du projet de loi Santé » synonyme « d’étatisation de la santé » fait campagne pour une revalorisation de la consultation entre 42 et 45 euros.
Si elle a choisi de ne pas fixer de prix, la FMF demande quant à elle le versement, à chaque médecin qui s’installerait dans une zone délaissées ou à risques, d’un « forfait structure » d’un montant de 40.000 à 50.000 euros, en échange duquel il assurerait une permanence des soins. Le médecin s’engagerait en outre à embaucher des secrétaires médicales pour en assurer la coordination.

Source : La Parisienne