Logement : les Français restent de plus en plus dans leur coquille

Dans la dernière livraison de sa lettre « Eclairages », la direction des fonds d’épargne de la Caisse des Dépôts livre – grâce à l’exploitation de l’étude Logement Insee 2013 – des résultats intéressants sur l’évolution de la mobilité résidentielle en France. Au cours des dix dernières années, celle-ci a sensiblement diminué, alors qu’elle était restée à peu près stable sur la période 1984-2002. Le taux de mobilité résidentielle (au sens d’un déménagement), qui était d’environ 9% en 1984 comme en 2002, est tombé à 7,5% en 2012.

Chômage et vieillissement

Ainsi, sur les 27,9 millions de ménages recensés en France en 2013, 20,2 millions n’ont pas bougé entre 2009 et 2013, 5,5 millions ont déménagé et 2,2 millions correspondent à des nouveaux ménages. Si le recul est général, son intensité varie toutefois selon le statut d’occupation du logement. Le taux de mobilité résidentielle est ainsi de 18,5% pour le parc locatif privé (contre près de 21% en 2002), de 8,5% dans le parc locatif social (contre près de 13%) et de 3,6% parmi les propriétaires (contre environ 4,5%). Le parc social enregistre ainsi le recul le plus prononcé depuis dix ans.

L’étude avance deux explications principales à ce phénomène de recul généralisé de la mobilité résidentielle. La première tient à la conjoncture économique. Tout au long de la période 1980-2013, « la mobilité est corrélée négativement avec le chômage et positivement avec le taux de croissance du PIB ». Or ces deux variables ont connu une nette dégradation sur les dix dernières années.

Le deuxième facteur explicatif est d’ordre démographique. Il réside dans le vieillissement de la population. Ce dernier fait en effet baisser mécaniquement la mobilité résidentielle. Ainsi, sur la période 2009-2013, le taux d’emménagement est de 30% chez les moins de 30 ans, de 4% chez les 50-64 ans et de seulement 2% au-delà de 65 ans.

Le vieillissement a, en outre, une seconde conséquence : il accroît le taux de propriétaires, qui sont moins mobiles que les locataires. Plus des deux tiers (69%) des plus de 50 ans sont ainsi propriétaires en 2013, contre 58% pour l’ensemble de la population.

Mobilité résidentielle ne signifie pas changement de statut

Un autre enseignement de l’étude est la corrélation entre la mobilité « sociale » (si on considère que l’accession à la propriété constitue un avancement sur l’échelle sociale). Elle montre en effet qu’un ménage mobile sur deux ne change pas de statut d’occupation. Par exemple, parmi les locataires du parc social qui ont déménagé entre 2009 et 2013, 54% sont restés locataires du parc social, 23% sont devenus locataires du secteur libre (soit 77% de locataires), 17% sont devenus propriétaires accédants et 2% propriétaires non accédants.

Enfin, parmi les raisons évoquées par les ménages mobiles pour expliquer leur déménagement, ce sont les éléments directement liés au logement qui viennent en tête avec 60% de citations (emplacement, taille, qualité…), surtout chez les propriétaires (75% de citations). Les événements familiaux (séparation, mise en couple, naissance) viennent en seconde position avec 22% de citations, l’emploi n’arrivant qu’en troisième position (13%).

Ce dernier chiffre recouvre un écart important entre les locataires du secteur libre (qui le citent à 20%) et ceux du parc social (8%), ces derniers faisant à peine mieux que les propriétaires (7%). Selon l’étude, cet écart s’explique par le fait que « les locataires du secteur social ne sont pas assurés de trouver un logement social s’ils déménagent ».

Source : localtis.info