L’irrésistible ascension des autoentrepreneurs chez les travailleurs indépendants

Ils vont devenir majoritaires dès 2020 parmi les affiliés au régime social des indépendants. Mais leurs revenus sont très souvent inférieurs au SMIC et conduisent à une paupérisation du RSI.

Après avoir beaucoup grossi, la vague des autoentrepreneurs est quelque peu retombée. La lame de fond n’en continue pas moins de déferler sur le système de protection sociale. Selon une projection interne du régime social des indépendants (RSI), ces travailleurs bénéficiant d’une gestion simplifiée de leurs charges seront majoritaires parmi les 2,8 millions de cotisants dès 2020. En août 2015, sept ans après la création de ce statut. il y avait 1,1 million d’autoentrepreneurs dans le pays, soit 39 % des cotisants au sein du RSI.

Ils devraient devenir dominants parmi les professions libérales dès la fin 2017, parmi les artisans au printemps 2018 et, enfin, parmi les commerçants à l’automne 2024. Le RSI s’attend en effet à une progression de 7 % par an de ses effectifs de cotisants autoentrepreneurs d’ici à 2020, contre une régression de 2,5 % par an pour les autres indépendants. L’une des caractéristiques des autoentrepreneurs, c’est qu’ils ont des revenus limités. Leur chiffre d’affaires est plafonné à 82.200 euros par an s’ils vendent des marchandises, et à 32.900 euros s’ils sont prestataires de services. Résultat, 90 % d’entre eux gagnent moins que le SMIC, alors que, chez les autres travailleurs indépendants, seuls 40 % restent en dessous de ce seuil. Le revenu moyen de l’autoentrepreneur au RSI n’est que de 4.900 euros par an en 2014, notamment parce qu’un tiers de ces déclarants n’enregistrent aucun chiffre d’affaires.

« Retour en arrière »

La montée en puissance des autoentrepreneurs au sein du RSI coïncide donc avec une paupérisation des affiliés au régime. Depuis 2009, le nombre des travailleurs indépendants, actifs ou retraités, bénéficiaires de la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), le dernier filet de protection santé pour les plus démunis, a progressé de 10 % par an. « C’est un retour en arrière. Il y a trente ans, les cotisants au régime des commerçants avaient de faibles revenus. C’est la loi Madelin de 1994 qui a fait entrer des gérants majoritaires de SARL et changé la donne », explique Bruno Chrétien, président de l’Institut de la protection sociale.

Pour le RSI, cette évolution de la population des assurés est un vrai défi. Beaucoup plus que l’essor des travailleurs de l’économie collaborative façon Uber, qui cotisent également au régime, mais qui ne sont encore qu’une goutte d’eau dans l’océan des nouveaux indépendants. « Les revenus de 60 % de nos affiliés sont inférieurs au SMIC et les trois quarts sont des entrepreneurs isolés, sans salarié à leurs côtés. Or on leur demande de payer leurs cotisations au premier euro avec un taux de prélèvement de 45 % de leurs revenus nets, soit l’équivalent de la dernière tranche du barème des impôts », souligne Stéphane Seiller, le directeur général du RSI. « Pour eux, nous sommes le premier collecteur public, ce qui peut expliquer un certain ressentiment. »

Les nouveaux venus sont pourtant demandeurs de protection. Certains autoentrepreneurs ont créé leur emploi pour échapper au chômage et attendent le même degré de sécurité qu’avec le régime de base. C’est pourquoi le RSI a réformé son assurance-vieillesse. La protection offerte aux indépendants est devenue très comparable à celle des salariés. Mais il n’existe pas d’assurance-chômage et les prestations accident du travail et maladies professionnelles sont moins généreuses. Cela restera vrai tant qu’il n’y aura pas de financement disponible.

Source : lesechos.fr