L’intelligence artificielle au secours de la démographie ?

Le déficit démographique dans de nombreux pays développés ou émergents est bien documenté. L’intelligence artificielle peut-elle être une réponse pertinente ?

Une démographie en berne, c’est-à-dire décrite par le non-renouvellement des générations, s’observe dans de nombreux pays. On parle alors d’un taux de fertilité par femme en âge de procréer durablement inférieur à la fameuse barre de 2,1 enfants. On peut ajouter en face de ce constat un allongement de la durée de vie, si possible, en bonne santé, ce qui est un progrès considérable.

Bref, pour de nombreuses sociétés, moins de population jeune et plus de personnes âgées. Le Japon est souvent cité. On peut ajouter la Corée du Sud, Taiwan, la Chine continentale. En Europe, l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Mais voilà, tous ces pays ne sont pas égaux face à cette situation.

Pour avoir engagé des réformes structurelles en amont (Allemagne) ou par homogénéité ethnique et refus de recourir à une population étrangère (Japon, Corée), ces pays enregistrent des taux de chômage de plein emploi et font face à un déficit de main d’oeuvre. L’alternative est alors de faire appel à l’immigration plus ou moins souhaitée ou subie (pour l’Allemagne, Europe de l’Est, Turquie et Moyen-Orient), ou de faire face à ce déficit démographique par d’autres solutions (le Japon).

Dans les deux cas, l’éducation et la formation de la jeune génération doivent rester un impératif, et c’est bien le cas pour ces pays. Car en effet, faire le choix du chômage de masse en général, du chômage des jeunes en particulier ne peut être une option (France, Italie, Espagne), quelle que soit la balance démographique (favorable pour la France).

L’accélération technologique majeure que nous vivons va se traduire par un véritable bouleversement sociétal. On peut citer en vrac : disparitions de nombreux emplois automatisables, non seulement dans les secteurs primaire et secondaire, mais aussi dans les services. Mise à mal de rentes de situation ou de situations oligopolistiques par un phénomène général de désintermédiation et de demande de proximité. Les exemples sont multiples et impliquent tous les secteurs de la société, du transport à la santé à distance.

La réponse par pays sera donc variable et adaptée au cas par cas, mais avec des conséquences lourdes au niveau mondial, car les stratégies seront divergentes, voire non compatibles, et peuvent provoquer des chocs importants au niveau géopolitique.

La destruction de nombreux emplois (automatisation du transport terrestre, maritime puis aérien, disparition des métiers intermédiaires dans les services) face à la création de quelques emplois hautement qualifiés pourrait désigner vainqueurs et perdants de la révolution technologique s’ajoutant ainsi au creusement des inégalités générées par une mondialisation déstabilisante.

Les pays qui ont choisi une stratégie de très long terme devraient ainsi pouvoir tirer leur épingle du jeu, car l’intelligence artificielle viendra compenser leur déficit démographique. Il en va du Japon, de la Corée voire de l’Australie et du Canada qui pratiquent une politique d’immigration choisie. D’autres pays pourraient absorber les déséquilibres créés par la mondialisation et accentués par la révolution technologique en choisissant des voies plus radicales : Trumpisme aux États-Unis, sortie de l’UE pour la Grande-Bretagne.

Pour l’Union européenne, au lendemain du Brexit, les paris restent ouverts tant que les quatre grands pays (Allemagne, France, Italie et Espagne) n’auront pas trouvé une position commune qui commence par une Europe à la carte, à plusieurs vitesses (uniformisation du droit social et du travail, de la fiscalité, mesures de protection, budget fédéral conséquent).

Ainsi, se réjouir de l’endiguement du populisme (récemment aux Pays-Bas, très certainement en France dans quelques semaines) n’est pas une stratégie. La révolution technologique, avec ses aspects extrêmement réjouissants, peut être un bienfait pour les sociétés qui ont une vision à long terme ou un poids suffisant pour imposer au monde un modèle de développement autonome. Mais pour les sociétés sans vision, elle ne se transformera pas en une nouvelle révolution schumpetérienne prometteuse, mais en un échec programmé. Un véritable bug sociétal.

Source : lesechos.fr