Les think tanks sont-ils devenus le cerveau des hommes politiques français ?

Le 8 septembre, François Hollande a choisi de s’exprimer devant deux « laboratoires d’idées » pour prononcer un des grands discours de cette rentrée.

François Hollande s’exprimera le 8 septembre sur un thème dominant : « La démocratie face au terrorisme ». Il a choisi de le faire devant la Fondation Jean-Jaurès et Terra Nova. Une consécration pour ce qu’on appelle les « think tanks », déjà omniprésents dans le débat public. Sans qu’on s’en aperçoive vraiment et sans que l’on sache tous bien ce que recouvre ce mot barbare. On n’a pas trouvé d’équivalent en français pour le traduite. Cela veut dite « réservoir d’idées » ou « laboratoire d’idées ». Mais dans « laboratoire d’idées », il manque la dimension guerrière.

Le phénomène du « think tank » a explosé aux États-Unis au début de la Guerre froide. Le tank renvoie donc aussi au char d’assaut, car il s’agit bien de remporter la « guerre des idées ». Comment ? D’abord, les think tanks recrutent des chercheurs à qui on laisse de longs mois pour produire de la pensée originale. Ensuite, le think tank va faire du marketing avec « les idées », les diffuser pour les rendre comestibles, comme l’explique Olivier Urrutia, directeur général de l’Observatoire des think tanks.

« Marketer les idées, c’est produire des documents extrêmement synthétiques, d’envoyer sur les plateaux télé ou radio, de publier des tribunes dans les journaux, tant de la part des dirigeants des think tanks que de leurs chercheurs », décrypte-t-il. « Les idées sont facilement ciblées et identifiables pour que les décideurs politiques puissent s’appuyer sur ces documents de façon rapide et simple », note encore Olivier Urrutia.

« Il n’y a plus de réflexion au sein des partis politiques »

Il y a des think tanks proches du PS, comme Terra Nova ou la Fondation Jean-Jaurès. D’autres défendent des idées libérales, comme l’Institut de l’entreprise ou l’Ifrap d’Agnès Verdier-Molinié. Mais tous se gardent bien de s’engager directement pour un candidat. Ou alors ce ne sont pas des vrais think tanks. Les 45 think tanks dénombrés en France savent qu’ils tirent leur force de leur image d’expertise et d’indépendance.

Le succès des think tanks signifie-t-il que nos politiques n’ont plus d’idées ? C’est un peu cela. « Il n’y a plus de réflexion au sein des partis politiques », juge Laurent Bigorgne, le directeur de l’Institut Montaigne qui, à titre personnel, est proche d’Emmanuel Macron. Pour produire des idées, il faut décrocher les bons chercheurs, il faut de l’argent et du temps. Les partis, décrédibilisés, n’ont effectivement ni l’un ni l’autre. Voilà pourquoi, 2017 sera l’année de la consécration pour les think tanks français.

Source : rtl.fr