Les nouvelles technologies au secours d’Alzheimer

Une montre connectée, des capteurs et une application mobile ? C’est l’idée de deux Lyonnais pour aider les malades d’Alzheimer et apaiser leurs proches.

Comment permettre aux malades d’Alzheimer de préserver le plus longtemps possible leur autonomie? Deux jeunes Lyonnais, Aymeric Garnier et Vincent Théry, lancent ce mois-ci un service destiné à faciliter le quotidien des malades mais aussi celui de leurs proches.

Leur solution, appelée «Lili Smart», comprend une montre connectée portée par la personne malade, une application pour smartphone dédiée aux aidants familiaux et aux soignants, ainsi que des capteurs placés à des points stratégiques du domicile du malade (réfrigérateur, porte de la salle de bains…). Avec sa montre au poignet, la personne en perte d’autonomie se voit rappeler ses habitudes du quotidien: quand il est l’heure de déjeuner ou de prendre ses médicaments, la montre vibre légèrement et un pictogramme de fourchette ou de pilulier apparaît à l’écran.

Dans le même temps, les capteurs détectent toute dégradation des habitudes de vie de la personne: un manque d’hygiène, identifiable par un nombre décroissant de passages par la salle de bains, ou des prises de repas irrégulières, décelables grâce au capteur situé sur la porte du frigidaire. Ils préviennent alors les proches de ce changement via l’application, accessible sur smartphone ou sur ordinateur. La montre intelligente est aussi capable de prévenir les proches en cas de chute de l’utilisateur, tandis qu’un GPS permet de retrouver la personne lorsqu’elle s’est égarée. Des zones de sécurité peuvent être définies par l’aidant familial (par exemple la périphérie d’un village ou d’un quartier). Lorsque celles-ci sont franchies, les proches peuvent en être alertés.

Apaiser les proches

Née de l’expérience vécue par Aymeric Garnier, dont la grand-mère était atteinte de la maladie d’Alzheimer, Lili Smart a aussi été pensée pour aider les proches à s’organiser face à la maladie, en relation avec les professionnels de santé (infirmiers, aides-soignants…). L’application mobile leur permet de dialoguer, d’avoir un agenda commun où sont inscrits les rendez-vous médicaux. Les soignants n’auront pas accès à l’ensemble des informations, sauf si la famille du malade le souhaite.

«Nous avons voulu soulager les aidants familiaux, qui peuvent être en situation de grand stress face à la maladie, explique Vincent Théry, cofondateur de Lili Smart. Aujourd’hui, certaines familles explosent sous la pression liée à la gestion d’un proche malade d’Alzheimer. Des reproches fusent, un sentiment d’impuissance envahit. Le fait d’avoir des outils collaboratifs, qui permettent à la famille de dialoguer facilement, ne peut qu’améliorer le quotidien.»

Autisme et Parkinson

Par ailleurs, le jeune entrepreneur souligne que Lili Smart ne va pas dans le sens de l’infantilisation des personnes. «Toutes les fonctionnalités de la montre peuvent être désactivées, de façon à laisser le choix de l’usage , explique-il. Cela permet de s’adapter à la maladie qui est par nature dégénérative. Si la personne malade décide de ne plus porter la montre, elle peut tout à fait le faire. Elle perdra alors l’aide-mémoire, mais la famille continue de recevoir certaines informations via les capteurs».

Ce service, élaboré avec l’aide d’un comité d’experts de santé, a déjà été testé par dix familles. Cette année, il s’apprête à être distribué à cinquante malades suivis à l’Institut du vieillissement des Hospices civils de Lyon, afin d’évaluer son impact réel sur l’autonomie du malade, sur l’anxiété des aidants, mais aussi sur les économies réalisées.

«Nous avons complètement revu notre premier prototype, notamment en termes d’ergonomie. Par exemple, notre première montre affichait un texte, lu par une voix robotisée. Le malade devait alors s’acquitter de la bonne réception du message, explique Vincent Théry. Cela a suscité un manque de compréhension lié à des problèmes de vue et d’audition. Avec le pictogramme et la vibration, les utilisateurs ne sont plus confrontés à ce problème.»

Les deux fondateurs de Lili Smart envisagent déjà d’ouvrir leur dispositif à d’autres maladies marquées par une dégénérescence des facultés cognitives, comme Parkinson ou l’autisme. D’une valeur forfaitaire de 60 euros par mois, Lili Smart sera disponible dans toute la France d’ici à la fin du mois de février.

Source : sante.lefigaro.fr