Les emplois aidés, tout sauf un sésame vers un vrai poste

elon l’Insee, le passage par un contrat aidé dans le secteur non marchand réduit les chances futures de trouver un emploi non aidé.
Les emplois aidés, un remède qui aggrave le mal ? Selon une étude publiée vendredi par l’Insee et basée sur les bénéficiaires en 2008 de contrats largement subventionnés par l’Etat, « l’effet moyen d’un passage par un contrat du secteur non marchand est significativement négatif sur le taux d’accès à l’emploi non aidé à moyen terme ». Deux ans et demi après leur passage en contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE), ces bénéficiaires n’étaient ainsi que 33 % à disposer d’un emploi non aidé, contre 38 % des personnes présentant les mêmes caractéristiques au départ mais non passé par un emploi aidé (groupe témoin). L’écart monte même à 12 points pour ceux qui avaient bénéficié d’un contrat d’avenir (16 % contre 28 % pour le groupe témoin).
Un constat cruel
C’est un résultat à première vue contre-intuitif, l’activité appelant l’activité et le travail valant en théorie toujours mieux que l’inactivité pour redresser son employabilité. L’étude, dont les conclusions rejoignent celles de précédents travaux du même type, avance plusieurs explications : à commencer par le fait que les emplois aidés dans le secteur non marchand (associations, collectivités locales, etc.) sont « trop éloignés des emplois auxquels le bénéficiaire est susceptible de postuler ultérieurement ». L’Insee évoque ainsi un « confinement dans des emplois publics sans perspective » et pointe notamment que ceux dont le contrat aidé s’est déroulé au sein de l’Education nationale « se réinsèrent sensiblement moins bien ».
Autre grand facteur explicatif avancé : « Un signal négatif du passage en contrat aidé pour les employeurs. » Un constat cruel mais connu : le jeune en emploi aidé aspirait à prouver sa capacité à travailler et à s’insérer ; il se retrouve au final estampillé « jeune à difficultés à éviter »…

Le contraste est saisissant avec l’impact d’un passage par un emploi aidé dans le secteur marchand, qui est lui, selon l’Insee, « significativement positif » : deux ans et demi après, les bénéficiaires d’un contrat initiative emploi (CIE) étaient 66 % à être en emploi non aidé, contre 43 % du groupe témoin non passé par le dispositif.
Un profond désaveu des politiques de l’emploi
Plusieurs éléments explicatifs : les bénéficiaires étaient moins éloignés de l’emploi au départ que ceux envoyés vers le secteur non-marchand ; l’expérience et les compétences alors acquises en entreprise sont plus « valorisables » sur le marché ; les employeurs sont plus nombreux que dans le public à embaucher les jeunes en contrat classique à l’issue de leur contrat. Au risque, dans ce dernier cas, que « l’effet positif capte en réalité un effet d’aubaine » (le jeune aurait été embauché de toutes façons et coûte juste moins cher le temps de son contrat aidé). Un effet que l’Insee pressent mais ne mesure pas précisément.
Ces résultats sonnent comme un profond désaveu des politiques de l’emploi en place, tant ce gouvernement, comme ses prédécesseurs, recourt largement aux contrats aidés en les ciblant sur le secteur non marchand (plus de 80 % des actuels emplois d’avenir par exemple). L’exécutif veut croire que l’effort en terme de formation demandé aux employeurs permettra d’assurer une meilleure insertion future des bénéficiaires.

Source : les Echos