Les connaissances sur Zika progressent

Transmission, traitement, lutte contre les moustiques… La mobilisation des chercheurs porte ses fruits.

Les leçons d’Ebola, précédente épidémie qualifiée d’urgence de santé publique de portée mondiale par l’OMS, ont semble-t-il été apprises. Face au Zika, un virus causant des malformations congénitales et des troubles neurologiques qui circule actuellement dans au moins 58 pays, la mobilisation des chercheurs a été plus rapide, avec un partage de l’information scientifique sans précédent. Cette semaine a été particulièrement riche en découvertes. Revue de détails.

• Le moustique femelle passe le virus à sa descendance

L’essentiel des contaminations humaines ont pour origine la piqûre du moustique Aedes, et plus spécifiquement Aedes aegypti (Aedes albopictus ou «moustique tigre», présent en France métropolitaine, est un vecteur peu efficace du virus). Pour cette raison, et parce qu’il n’existe pas encore de vaccin ni de traitement contre Zika, les efforts pour enrayer l’épidémie reposent largement sur la destruction des insectes vecteurs. Or des chercheurs ont montré lors d’expériences en laboratoire que les moustiques femelles peuvent transmettre le virus à leurs œufs, sur le modèle d’autres arbovirus (dengue, fièvre jaune). «Cela rend le contrôle plus difficile car les insecticides n’affectent que les moustiques adultes et épargnent souvent les œufs et les larves», explique le Dr Robert Tesh, de la faculté de médecine du Texas à Galveston, principal auteur de l’étude parue dans l’American Journal of Tropical Medicine and Hygiene.

Anna-Bella Failloux, responsable du laboratoire Arbovirus et insectes vecteurs à l’Institut Pasteur (Paris), est plus nuancée. «Cette découverte ne modifiera pas la lutte à mener», estime-t-elle. Et si le taux de transmission verticale est, dans le cadre de cette expérience sur Zika, relativement élevé (1 pour 290, contre 1 pour 1000 pour d’autres arbovirus), c’est en raison d’un biais propre à l’expérience en laboratoire. «Les chercheurs ont inoculé le virus dans le corps de l’insecte», souligne-t-elle. Mais dans les conditions du réel, le virus présent dans le sang humain ingéré par le moustique doit passer la barrière de l’estomac. «Une barrière limitante dont on s’affranchit ici», explique Anna-Bella Failloux.

• Le virus persiste longtemps dans le sperme et le vagin

Si le Zika se transmet essentiellement par la piqûre de moustique, c’est aussi une infection sexuellement transmissible qui lève peu à peu ses secrets. Alors que le précédent record de présence du virus dans le sperme humain était de 3 mois, des médecins italiens ont trouvé des traces du pathogène chez un malade environ 6 mois (188 jours) après ses premiers symptômes. Cet homme ne souffrait d’aucune maladie chronique ou déficience immunitaire pouvant justifier pareil délai.

Une étude (Cell) conduite sur des souris enceintes a par ailleurs montré que le virus est capable de se dupliquer jusqu’à 5 jours dans le vagin. De là, il a contaminé les fœtus de certains rongeurs, atteignant leur cerveau (chez la femme enceinte, le Zika peut causer des malformations cérébrales sévères au fœtus). Des résultats qui restent à confirmer chez l’humain, mais les recommandations en termes de protection (préservatif, abstinence) semblent plus que jamais opportunes.

Source : santé.lefigaro.fr