Le vrai-faux retour à l’équilibre des retraites en 2016

LE SCAN ECO – La ministre des Affaires sociales Marisol Touraine se félicite que, pour la première fois depuis 2004, les retraites reviendront dans le vert l’année prochaine. Elle oublie au passage tout un pan du système, en grave déficit. Démonstration en six points.

La nouvelle n’est pas aussi bonne qu’elle en a l’air. La ministre des Affaires sociales Marisol Touraine s’est félicité ce jeudi matin sur Europe 1 que la branche vieillesse du régime général sera «en léger excédent» en 2016 pour «la première fois depuis 2004». Il ne faudrait pas en conclure pour autant que les retraites des Français sont sauvées et que ce serait grâce à la politique du gouvernement Valls.
• Un très léger retour à l’excédent
La branche vieillesse du régime général ne sera en excédent que de 43 millions d’euros, selon les projections de la Commission des comptes de la Sécurité sociale inscrites dans la synthèse de son rapport publié ce jeudi. Un résultat très fragile, comparé aux 123 milliards d’euros de dépenses de retraite. En somme, il suffirait qu’un peu plus de Français que prévu partent à la retraite l’année prochaine pour que l’on retourne, du moins symboliquement, dans le rouge.
• Les effets de la réforme Woerth
Si le régime général des retraites reviendra à l’équilibre en 2016, c’est moins grâce à la réforme Touraine des retraites de 2013 (qui, à ce stade, se contente de hausses de cotisations) qu’à celle de son prédécesseur de droite Éric Woerth trois ans plus tôt. «Le relèvement de 60 à 62 ans de l’âge légal de départ en retraite [inscrit dans la réforme de 2010] poursuit sa montée en charge et se traduit par de moindres départs en retraite», note ainsi la Commission des comptes de la Sécurité sociale. Mais cela, Marisol Touraine se garde bien de s’étendre dessus…
• De très faibles revalorisation des pensions
Autre facteur conduisant vers un retour à l’équilibre en 2016: la très faible hausse des prix. En effet, comme les pensions sont indexées annuellement sur l’inflation et que celle-ci sera minime l’année prochaine, les dépenses de retraite seront mieux contenues.
• La ministre oublie les retraites des plus pauvres
Le retour à l’équilibre dont se félicite le gouvernement ne concerne que le régime de base, qui verse les pensions de retraite des salariés et indépendants, affiliés à la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) et au Régime social des indépendants (RSI). Dans le même temps, le Fonds de solidarité vieillesse (FSV), qui finance le minimum vieillesse versé aux plus démunis, continue de se creuser. Il a atteint 3,5 milliards d’euros en 2014, puis 3,8 milliards en 2015 et devrait rester dans ces eaux-là en 2016. A cause, d’abord, du chômage de masse qui persiste. Mais aussi parce que le gouvernement a détourné en 2015 les recettes qui étaient affectés au FSV, sans les compenser en totalité. Résultat, ses ressources financières ont plongé de 4% cette année.
• Un retour dans vert très temporaire
Dans son avis rendu fin juillet, le Comité de surveillance des retraites se garde bien de se montrer optimiste. Et pour cause: le retour à l’équilibre qui surviendrait ces deux ou trois prochaines années serait très provisoire. Le solde négatif de la Cnav et du FSV «pourrait augmenter entre 2018 et 2020». Et le Comité de lister l’arrêt de la hausse des cotisations retraites de la réforme Touraine et surtout «la fin progressive du relèvement de l’âge légal». En clair, la réforme Woerth repousse progressivement l’âge de départ de 60 à 62 ans jusqu’en 2017. Puis la réforme Touraine allonge la durée de cotisation nécessaire pour partir à la retraite qu’à partir de… 2020. Durant deux ans, entre 2018 et 2020, aucune mesure d’âge ne viendra compenser la hausse du nombre de retraités provoquée par le papy boom. De quoi replonger les régimes dans le déficit.
• Les retraites complémentaires toujours dans le rouge
Marisol Touraine parle du régime qui gère les retraites de base. Les retraites complémentaires des cadres et des salariés Agirc et Arrco, par exemple, ne sont pas pris en compte dans son calcul, car elles ne relèvent pas du budget de la Sécurité sociale. Or, elles sont dans une situation très grave. Si les syndicats et le patronat, qui en ont la gestion, ne s’entendent pas d’ici la fin de l’année pour prendre des mesures pour redresser la barre, les deux régimes complémentaires des salariés et des cadres vont à la faillite.

Source : Le Figaro