Le virus de l’hépatite C a été observé pour la première fois

Il jouait à cache-cache avec les chercheurs depuis plus de 25 ans. Le virus de l’hépatite C a finalement pu être observé au microscope pour la première fois par une équipe française.

HÉPATITE C. C’est une première mondiale, et elle est française. Le virus de l’hépatite C a pu être visualisé au microscope par une équipe Inserm de l’université de Tours dirigée par Jean-Christophe Meunier. Des travaux publiés dans la revue Gut en octobre 2016. Cela faisait 25 ans que les virologues de tout poil étaient à sa recherche. Car depuis 1990, on ne connaissait et n’étudiait le virus que par la biologie moléculaire, sans parvenir à l’isoler sous l’œil du microscope. Une bizarrerie en virologie où les virus sont généralement étudiés à partir de leur observation directe.

« Il ressemble à une simple petite sphère blanche au milieu d’autres sphères blanches lipidiques dans le sang, explique Jean-Christophe Meunier. Le virus profite de la voie de synthèse des lipoprotéines, les particules de transport du gras dans l’organisme, pour se répliquer en s’associant étroitement avec leurs composants. » Autrement dit, le virus adopte une stratégie de camouflage qui lui permet non seulement d’infecter plus facilement les cellules en se rendant moins détectable par le système immunitaire, mais aussi d’être quasiment indétectable à l’observation.

Comme on le voit dans les photos ci-dessous, les différences entre le virus (virus HCV) et les particules lipidiques (Lipop) du foie sont minimes.

Un jeu de cache-cache

Autre difficulté sur laquelle beaucoup se sont cassés les dents et que l’équipe de l’université de Tours a résolue: la tendance des particules lipidiques à intégrer des particules virales au cours de leur formation. Avec pour résultat de faire passer ces lipoprotéines pour… des particules virales. « C’est exactement ce qui s’est passé en 2013 quand une équipe américaine a cru avoir observé le VHC », précise Jean-Christophe Meunier. Difficile en effet de distinguer des « particules viro-lipidique » des lipoprotéines classiques des patients. Un vrai jeu de cache-cache en somme. Mais cette fois, c’est la bonne.

Les chercheurs qui disposent d’une plateforme de microscopie électronique sont même parvenus à établir avec précision la structure du virus. Laquelle « concorde tout à fait avec des travaux antérieurs de biologie moléculaire qui prédisaient cette organisation. Ces observations valident donc vingt-cinq ans de travail de la communauté scientifique ! », se réjouit Jean-Christophe Meunier.

Au-delà de la prouesse technique, cette percée dans le domaine pourrait ouvrir un nouveau champ de recherche contre l’hépatite C. Cette infection chronique du foie qui se transmet par le sang concerne en effet 130 à 150 millions de personnes et provoque 700.000 décès chaque année dans le monde. « Des traitements efficaces sont aujourd’hui disponibles en cas d’hépatite C mais aucun vaccin n’a encore été trouvé. Or, connaître la structure et l’organisation exacte de ces particules viro-lipidiques sera fort utile pour ceux qui travaillent là-dessus », rappelle Jean-Christophe Meunier.

Source : sciencesetavenir.fr