Le point sur la salle de shoot en cinq questions

Promesse de campagne de François Hollande entérinée grâce à la loi Santé de 2015, la première salle de shoot française vient d’ouvrir à Paris. Le point en cinq questions sur ce dispositif controversé.

Un peu escamotée, certes, mais enfin inaugurée. Dans le dixième arrondissement de Paris, rue Ambroise Paré, la première salle de shoot française ouvrira officiellement ses portes dans trois jours. L’espace Gaïa incarne « l’aboutissement d’un combat politique qui n’a pas été facile et a donné lieu à des outrances », s’est enorgueilli Marisol Touraine, ministre de la Santé à l’inauguration ce mardi.

Retour en cinq questions sur ce dispositif, catalyseur de polémiques et d’inquiétudes.

Comment ça fonctionne ?

Les toxicomanes peuvent accéder à cette salle sept heures par jour, de 13h30 à 20h30. Son entrée est indépendante de celle de l’hôpital Lariboisière et elle abrite plusieurs espaces distincts sur 450 m2 : l’accueil, une salle d’attente, une salle de consommation décomposée en douze postes, une salle de repos, une salle d’inhalation, un bureau de consultation, un atelier d’insertion et une cafétéria.

A son arrivée, la personne s’identifie anonymement grâce à un pseudonyme et reçoit un ticket sur lequel son numéro de passage est inscrit. Elle attend alors que son numéro s’affiche sur l’un des postes.

Les produits que s’injectent les usagers ne sont pas fournis par la salle. Chacun doit ramener sa propre consommation. D’ailleurs, tout usager devra renseigner le type de produit qu’il prend – ce qui permet à l’équipe soignante de l’avertir si certaines drogues sont frelatées. En revanche, il est interdit aux toxicomanes d’apporter leur matériel, que ce soit les aiguilles, les seringues, les pipes à crack, etc. Et les « fix » sont surveillés par le personnel médical pour prévenir toute overdose.

Une cinquantaine de personnes peuvent être accueillies en même temps. Les usagers sont encadrés par au moins six personnes, en majorité du personnel médical mais aussi des éducateurs et assistants sociaux ainsi que des agents de sécurité.

Quotidiennement, entre 350 et 400 toxicomanes peuvent venir faire leurs injections à l’Espace Gaïa. Dans ce lieu, ils bénéficient de l’immunité concernant l’« usage illicite et détention illicite de stupéfiants. »

Y’en a-t-il ailleurs en Europe ?

La première salle de ce type a trente ans. Elle a été ouverte à Berne. En Suisse, on compte désormais douze centres. Avec un certain succès : le nombre de décès par overdose a été divisé par deux en vingt ans.

Huit autres pays l’ont imité, à commencer par l’Allemagne et les Pays-Bas. Aujourd’hui, une centaine de salles accueillent les toxicomanes dans le monde, la majorité en Europe.

A la pointe dans ce domaine, les Pays-Bas disposent d’une quarantaine de centres dans 25 villes. Et s’en félicitent : au pays du « coffee-shop » (endroit où l’on peut acheter et consommer du cannabis), le virus du sida, détecté chez 8,6% des consommateurs de drogues injectables en 1986, avait pratiquement disparu quinze ans plus tard.

L’ Allemagne a légalisé les « fixpunkt » depuis 2000. Le pays en compte 26, dont deux à Berlin. Puisque la santé est une prérogative des gouvernements des Länder, la répartition de ces centres reste très inégale sur le territoire. Francfort en a quatre et Hambourg cinq.

L’Espagne est elle aussi convaincue des bienfaits de ces dispositifs. Sept centres de consommation se répartissent dans quatre villes, dont Madrid et Barcelone. Même si avec la crise et les restrictions budgétaires , certains d’entre eux ont dû fermer.

En dehors de l’Europe, seuls le Canada et l’Australie ont osé l’aventure.

Ces dispositifs sont-ils vraiment efficaces ?

Pour l’instant, aucun bilan précis et international n’a été établi sur la centaine de dispositifs. Cependant, les conclusions d’un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en 2010 sont plutôt positives.

Les centres d’injection ne favorisent pas l’augmentation de la consommation de drogue, mais ne la réduisent pas non plus. En revanche, ils ont un vrai impact sur les risques liés à l’injection (overdose, abcès, transmission du sida…) et limitent les nuisances de la délinquance.

Enfin, ces centres ramènent vers des structures de soin les toxicomanes les plus précaires et marginaux, comme ceux qui se piquent dans la rue aux abords de la gare du Nord.

D’autres salles sont-elles prévues en France ?

Avec la loi Santé, adoptée en décembre 2015, ce genre de salles peut désormais ouvrir dans tout l’Hexagone. Ce sont des dispositifs expérimentaux qui seront testés durant six ans.

Strasbourg a annoncé l’ouverture prochaine d’un centre d’injection au sein du Nouvel hôpital civil. Bordeaux serait également candidate. Marisol Touraine a insisté sur l’importance que d’autres municpalisté s’engagent.

Un retour en arrière possible avec le scrutin présidentiel de 2017 ?

Les réticences de la droite française vis-à-vis de ces dispositifs ne sont plus à prouver. Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet ou Valérie Pécresse ont bruyamment critiqué ces centres et se sont prononcés contre le projet.

Ce mardi, en marge de l’inauguration rue Ambroise Paré, Serge Lebigot, président de l’association « Parents contre la drogue », s’est d’ailleurs voulu rassurant pour les détracteurs de l’Espace Gaïa. Des candidats Les Républicains à l’élection présidentielle, dont Nicolas Sarkozy, « m’ont indiqué qu’ils feront fermer la salle », a t-il indiqué. Verdict en mai prochain.

Source : lesechos.fr