Le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A a baissé de 11 700 en octobre

La promesse d’une inversion de la courbe du chômage, à laquelle François Hollande a conditionné une candidature à sa propre succession est sur le point d’être tenue.

Les bonnes nouvelles sont rares pour François Hollande. Lui, dont la candidature à l’élection présidentielle de 2017 est fragilisée a eu l’occasion, jeudi 24 novembre, d’en savourer une.

La promesse à laquelle il avait conditionné une éventuelle candidature à sa propre succession, celle que les observateurs de la vie politique ne manquent pas de lui rappeler est sur le point d’être tenue : l’inversion de la courbe du chômage.

Hasard du calendrier ou organisation habile et prévoyante, c’est en déplacement chez Open Classroom, une start-up spécialisée dans la formation en ligne, que le chef de l’Etat, accompagné de Myriam El Khomri, la ministre du travail, a accueilli les bons chiffres de Pôle emploi.

Selon les statistiques compilées par l’institution publique et la Rue de Grenelle, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A a baissé de 11 700 en octobre. Soit – 0,3 % par rapport à septembre. Cette catégorie, qui regroupe les chômeurs sans aucune activité et tenus de chercher du travail, est la plus scrutée – ils sont donc aujourd’hui 3,4 millions. Le repli est certes moins prononcé qu’en septembre (– 66 300), mais il est là.

La barre symbolique des 100 000

La « bataille » pour l’emploi est « longue » mais « porte ses fruits », s’est félicité François Hollande en marge de son déplacement. Qu’importe donc, pour le chef de l’Etat que sa promesse soit tenue avec deux ans de retard. Ou que Malek Boutih, député (Essonne, Parti socialiste, PS) et ancien président de SOS racisme, se répande dans les médias pour lui enjoindre de renoncer à la course à la présidentielle.

Les chiffres de jeudi arrivent à point nommé, au moment où M. Hollande s’apprête à se déclarer candidat à la primaire du PS, dans les prochaines semaines, selon son entourage. « Evidente baisse du nombre de chômeurs en France, il ne s’agit pas de le nier, c’est la réalité » a déclaré, sur Twitter, Michel Sapin, ministre de l’économie et des finances, soutien de toujours de l’actuel président.

De fait, le recul est encore plus important sur l’année. En tout, ils sont 101 300 à sortir du chômage depuis début 2016. Soit, écrit le ministère du travail dans un communiqué, « la plus forte baisse annuelle observée depuis mai 2008 ».

« On ne doutait pas que la tendance était bien là. Nous avons passé la barre symbolique des 100 000 chômeurs de moins et c’est très encourageant, explique-t-on dans l’entourage de Mme El Khomri, on se rapproche doucement mais sûrement de la prévision Unedic [organisme gestionnaire de l’assurance chômage] qui voit le nombre de chômeurs baisser de 124 000 en 2016. » Autre bonne nouvelle, la situation des demandeurs d’emploi de longue durée : en un an, ils sont 20 000 à sortir de cette situation d’extrême précarité.

« Quel que soit le bout par lequel on le prend, c’est indéniable, le chômage baisse », affirme Bertrand Martinot, économiste et ancien délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle de 2008 à 2012.

« Cette dynamique a été portée par l’ensemble des mesures de soutien à l’activité et au développement de l’emploi mis en œuvre depuis 2012, notamment le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi [CICE], le pacte de responsabilité et de solidarité et l’aide Embauche PME », veut croire le ministère du travail. A Matignon, on rappelle que la prime à l’embauche, « qui incite les PME à franchir le pas du recrutement » a fait l’objet de plus de 900 000 demandes depuis le début de l’année.

Inversion « à partir d’un point haut »

Il est vrai que les statistiques de créations d’emploi ont été excellentes ces derniers trimestres. Ainsi, 210 000 postes ont été créés dans le secteur marchand par l’économie française sur les dix-huit derniers mois. Sur la période de juillet à septembre uniquement, l’économie française a ouvert 52 000 postes supplémentaires dans le privé. Le meilleur chiffre depuis 2008 (année de la crise), selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
« Les politiques de l’emploi menées par le gouvernement ont très certainement permis à l’économie de créer plus d’emploi qu’elle ne l’aurait fait avec les taux de croissance que nous avons. Il y a aujourd’hui une vraie dynamique », affirme Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.

Pour l’économiste, la fameuse courbe a commencé à s’inverser au troisième trimestre 2015. Mais, attention, « elle ne s’inverse qu’à partir d’un point haut, tient-il à souligner, le chômage ne passe en aucun cas en dessous de son niveau de 2012 », explique-t-il.

Plus inquiétant, si l’on regarde les chiffres de plus près, la hausse est considérable depuis l’élection de M. Hollande : 598 000 demandeurs d’emploi supplémentaires sont à déplorer dans la catégorie A.

« C’est simple, regrette Bertrand Martinot, nous sommes, avec l’Italie, quasiment le seul pays d’Europe de l’Ouest à avoir une importante hausse du chômage depuis 2012 ». Un bilan dont M. Hollande sera comptable une fois dans la course à la présidentielle.

Source : lemonde.fr