Le nombre de chômeurs handicapés a explosé en cinq ans

Entre 2011 et 2015 le nombre de chômeurs handicapés a augmenté de 65%, selon un rapport de l’Association des paralysés de France, dévoilé ce mardi.

«L’égalité (…) c’est le droit, pour les personnes handicapées, de vivre la vie la plus normale possible», soutenait François Hollande lors de son discours au Bourget, en 2012. «Et je veillerai à ce que chaque loi comprenne un volet handicap».

Au terme du quinquennat, le bilan est sombre: le taux de chômage des personnes handicapées atteint 21% en 2015, soit deux fois supérieur à celui des valides, révèle une enquête de l’Association des paralysés de France (APF), publiée ce mardi. Pour Jacques Zeitoun, vice-président de l’association, cette situation démontre que «l’insertion n’est pas une priorité, ou du moins constitue un ajustement des autres politiques sous François Hollande».

Dans le détail, le nombre de chômeurs atteint 486.546 personnes en 2015, contre 295.601 en 2011. Soit une augmentation de 65%. La durée de la période d’inactivité est également plus longue pour les personnes en situation de handicap, à 788 jours, en moyenne. À titre de comparaison, cette durée est de 577 jours pour le reste de la population.

«Une forme de résistance chez les managers»

Comment expliquer une telle situation? Pour l’association, la faute revient en partie au gouvernement, «qui n’a cessé de ponctionner dans les fonds privés et publics pour l’insertion des personnes handicapées». En trois ans, «on perd trois fois 29 millions d’euros!», s’indigne Jacques Zeitoun.«Tout cela parce que les universités disposent d’une exonération de leur contribution à ces fonds».

D’autres facteurs permettent également d’expliquer la hausse du chômage des personnes handicapées. Les auteurs du rapport soutiennent en effet qu’elle résulte d’une augmentation du nombre de personnes ayant obtenu la RQTH, la Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé. Un dispositif qui permet, entre autres, de bénéficier d’un aménagement des horaires de travail. «Le problème de la formation et de l’accès aux études supérieures reste majeur», ajoute également Jacques Zeitoun. Selon une enquête de l’Insee réalisée en 2008, les personnes en situation de handicap disposent en majorité, à plus de 30%, d’un niveau de formation équivalent au brevet des collèges (BEPC) ou sont sans diplôme.

Troisième obstacle, le monde de l’entreprise. Bien que les entreprises sont soumises à une obligation d’employer au moins 6% de personnes handicapées depuis 1987, «une forme de résistance persiste chez les managers et collègues de travail: ils restent persuadés que les personnes handicapées ne sont pas capables d’assumer un emploi», affirme le vice-président de l’Association des paralysés de France. «Or il est prouvé qu’une personne en situation de handicap satisfait son entreprise parce qu’elle se surpasse». Une mentalité qui conduirait certains de ces demandeurs d’emploi à jeter l’éponge, et à se réinscrire à Pôle emploi.

Jacques Zeitoun nuance néanmoins son propos. «Tout n’est pas noir, nous mettons en place de nouveaux outils pour permettre une meilleure réinsertion», indique-t-il. L’APF a notamment développé un espace emploi, permettant de mettre en lien recruteurs et demandeurs d’emploi, et propose aussi des formations.

Source : lefigaro.fr