L’Assurance-maladie prête à un gros effort financier pour lutter contre les déserts médicaux

Les dispositifs actuels d’aide à l’installation n’ont pas stoppé la progression des déserts médicaux. L’Assurance-maladie est prête à débloquer 50.000 euros par médecin pour un contrat de trois ans dans une zone fragile.

Alors que la progression des « déserts médicaux » à la campagne ou en banlieue préoccupe un nombre croissant de Français, l’Assurance-maladie est prête à consentir un gros effort financier pour les médecins qui accepteraient de s’installer dans les zones sous-dotées. L’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) présente ce mercredi ses propositions sur la démographie médicale aux syndicats, dans un document que se sont procuré « Les Echos ». Elles doivent être discutées lors de la première séance de négociation sur la prochaine convention médicale, qui succède à deux mois d’état des lieux.

L’Uncam propose d’offrir 50.000 euros à tout médecin qui s’installerait dans une zone fragile. La moitié de cette somme serait versée au démarrage, le reste l’année suivante. Le médecin devrait s’engager par contrat à y exercer pendant trois ans minimum, sous peine de devoir rembourser une partie de l’aide. Il pourrait arrondir ses fins de mois en réalisant des vacations au sein des hôpitaux de proximité, dont certains peinent à recruter des professionnels pour garder leurs services ouverts comme l’ont montré les fermetures de services d’urgences l’été dernier.

Un dispositif méconnu et trop complexe

Aujourd’hui, le dispositif d’aide « démographique » est moins généreux (15.184 euros par an en moyenne), et favorise les médecins en place avec une patientèle établie, puisque la majeure partie de cette aide est perçue sous forme de majoration d’honoraires (10.337 euros en moyenne). De plus, ce dispositif est à la fois méconnu et trop complexe : en 2014, seuls 190 médecins ont demandé cette aide, soit 39 % des nouveaux installés en zone déficitaire.
Enfin, comme le contrat est conditionné à de faibles dépassements d’honoraires, il n’intéresse quasiment que les généralistes. Or on manque aussi de spécialistes sur le terrain.

Favoriser le « compagnonnage »

Mais comme on n’atterrit pas par hasard dans une zone fragile, l’Uncam veut aussi favoriser le « compagnonnage ». Les médecins en fin de carrière déjà installés sur un territoire fragile, âgés de 60 ans et plus, auraient droit à une majoration de 10 % de leurs honoraires annuels plafonnée à 20.000 euros par an s’ils accueillaient un nouvel associé âgé de moins de 50 ans dans leur cabinet.

Ce contrat d’une durée de trois ans présente le double avantage de mettre le pied à l’étrier des jeunes, et d’aider les seniors à glisser vers la retraite en douceur. Dans les zones mal desservies, les professionnels de santé se plaignent de cadences infernales et ne parviennent souvent pas à trouver de remplaçants. Les médecins installés en zone fragile et acceptant de prendre des étudiants en stage recevraient également 300 euros de plus par mois, soit 50 % d’augmentation par rapport à l’aide actuelle.

Enfin, l’Uncam accède à la demande des syndicats d’accroître l’aide aux médecins qui effectuent de simples vacations en zone fragile, sans y être installés : 14 jours de présence suffiraient contre 28 aujourd’hui, et la majoration de 10 % des consultations et visites deviendrait une majoration des honoraires annuels, sur tous les actes, dans la limite de 20.000 euros. Cette « option solidarité » ne sert pas à grand chose aujourd’hui avec seulement 28 adhérents.

Source : lesechos.fr