La tuberculose, maladie de la précarité

Au moins trois cas de tuberculose ont été diagnostiqués parmi les migrants du camp parisien des jardins d’Eole. Rien d’étonnant dans de telles conditions de vie, explique Médecins du monde.

Un camp de migrants installé dans les jardins d’Eole dans le nord de Paris a été démantelé ce matin après la découverte de 3 cas de tuberculose. C’est la première fois que cette maladie est identifiée parmi des migrants en France. «Je ne suis pas surprise. Ce qui est étonnant, c’est qu’on n’ait pas découvert de cas plus tôt, car dès qu’on crée une poche de pauvreté on voit cette maladie apparaître», commente le Dr Jeanine Rochefort, déléguée régionale Ile-de-France de Médecins du monde.

La tuberculose est en effet ce qu’on appelle «une maladie de la pauvreté». «Une grande partie de la population est porteuse de la maladie sans qu’elle s’exprime, dans une part variable selon les pays, rappelle le Dr Rochefort. En France, cela concerne environ 30% des gens. Le bacille de Koch [bactérie responsable de la maladie NDLR], se “réveille” dans des situations de grande précarité, parce que les conditions de vie insalubres, la promiscuité, la malnutrition, le stress et certaines maladies comme le VIH abaissent les défenses immunitaires des individus».

En recul en France

En France, la tuberculose est une maladie assez rare et en recul. Selon l’Institut de veille sanitaire, on comptait 4827 cas en 2014, soit 7,3 cas pour 100.000 habitants contre 7,5 l’année précédente. Les régions les plus touchées sont l’île de France avec notamment la Seine Saint Denis, la Guyane et Mayotte. Au niveau mondial, c’est l’une des maladies les plus meurtrières au monde. La progression la plus rapide s’observe en Asie du Sud-Est, mais c’est en Afrique que l’on déplore le plus grand nombre de cas selon l’Organisation mondiale de la santé. Les migrants de Paris ayant développé la maladie sont originaires d’Afrique de l’est, précise le Dr Rochefort. «Le fait qu’ils viennent d’un pays endémique augmente le risque qu’ils aient été en contact avec la maladie et soient porteurs. Mais ils ne sont pas forcément arrivés malades. Ce sont les conditions de la précarité qui précipitent le déclenchement».

Dans un premier temps, les malades vont être hospitalisés pendant deux semaines – le temps nécessaire à ce que leurs expectorations, par lesquelles le bacille se transmet, ne soient plus contagieuses. Ils devront en outre suivre un traitement pendant 6 mois. «Cette trithérapie, ou quadrithérapie, est efficace et peu coûteuse, explique le Dr Rochefort. Elle permet la guérison. Mais il faut que le traitement soit bien suivi pendant les 6 mois, sans quoi on risque de voir apparaître des tuberculoses résistantes contre lesquelles aucun médicament ne fonctionne», met-elle en garde. Or la bonne observance d’une thérapie est une gageure pour une personne vivant dans des conditions précaires.

Pas de vaccination

Trois autres personnes suspectées d’avoir la tuberculose ont été conduites à l’hôpital mais leur état n’a pu encore être confirmé, selon Médecins du monde. «Ils ont manqué leur rendez-vous à l’hôpital aujourd’hui. Ils n’ont peut-être pas compris le rendez-vous ou alors, comme le camp a été déménagé, ils ont préféré partir avec tout le monde pour être relogés. Nous devrions les retrouver rapidement», assure le Dr Rochefort.

Aucune campagne de vaccination n’est prévue pour les autres occupants du camp car «cela n’aurait pas d’utilité pour les protéger» dans ces circonstances, assure le Dr Rochefort. En effet, le vaccin n’est efficace qu’à 60 à 80% chez l’enfant, mais moins chez l’adulte, et il faut un certain temps après l’injection pour développer une immunité. Le vaccin est recommandé en France pour les bébés à risque d’exposition au bacille (précarité, région particulièrement touchée).

Source : lefigaro.fr