La stimulation électrique du cerveau pour soigner Parkinson

Le neurochirurgien et physicien français Alim-Louis Benabid combat la maladie de Parkinson par la stimulation cérébrale profonde à haute fréquence. Il est finaliste du Prix de l’inventeur européen dans la catégorie « Recherche ».

Une électrode dans le cerveau du patient pour limiter les tremblements liés à la maladie de Parkinson… Telle est la méthode thérapeutique développée au début des années 1990 par le neurochirurgien et physicien français Alim-Louis Benabid. Connue sous le nom de la stimulation cérébrale profonde à haute fréquence (SCP), cette méthode permet aux patients auparavant immobilisés de retrouver un mode de vie mobile et fonctionnel. Alim-Louis Benabid n’a toutefois pas inventé la SCP. Utilisée dans le traitement de la maladie de Parkinson dès les années 1960, elle avait été abandonnée faute de résultats significatifs au profit des traitements médicamenteux et de la chirurgie. Mais la chirurgie présente des risques de paralysie irréversibles. Aussi le neurochirurgien a repris les recherches et a identifié le niveau de fréquence exact qui permet de réduire les symptômes de tremblement. Alim-Louis Benabib a ainsi permis de rendre le traitement efficace, sans recourir aux produits chimiques et au scalpel.

Une technique découverte… par hasard

Le déclic se produit au cours d’une intervention chirurgicale sur un patient atteint de la maladie de Parkinson à Grenoble en 1987. Pour identifier la zone provoquant des tremblements, les médecins insèrent dans le thalamus une sonde de mesure qui envoie des impulsions électriques de 30 à 50 Hz, provoquant la réaction des cellules nerveuses. Alim-Louis Benabid a alors l’idée d’augmenter la fréquence de l’électrode à 100 Hz, et s’aperçoit que les tremblements du patient ont fortement diminué. C’est une révélation. « Je lui ai demandé s’il était capable de bouger les doigts. Il y est parvenu. Ce fut la preuve que nous avions supprimé les tremblements », explique Alim-Louis Benabid.

Le hasard, mais pas seulement… La double formation d’Alim-Louis Benabid l’a consacré à la fois médecin et physicien. Diplômé de médecine à l’Université Joseph-Fourier de Grenoble en 1970, il a obtenu par la suite un doctorat de physique en 1978 dans la même université. D’où son intérêt pour les innovations médicales dans le domaine des neurosciences. Ce neurochirurgien expérimenté, également passionné de peinture et d’astronomie, a dirigé, de 1988 à 2006, l’unité de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) consacrée aux neurosciences pré-cliniques.

Benabib est désormais chercheur et entrepreneur

Et jusqu’en 2007, il était à la tête du département de neurochirurgie du CHU de Grenoble, ce qui lui a permis de perfectionner la technique de la SCP à haute fréquence. Son principe s’apparente à celui d’un pacemaker pour les maladies cardiovasculaires. Une électrode est installée de manière permanente dans le cerveau du patient. Elle délivre un courant électrique d’une intensité contrôlée de 130 Hz vers des régions ciblées du thalamus ou autour d’elles, en fonction des symptômes du patient. En 2009, Alim-Louis Benabid a cofondé Clinatec, pour commercialiser les inventions relatives à la SCP.

Pas de chirurgie lourde, un acte simple et peu intrusif et c’est toute la vie du patient qui change. Cette pratique clinique est officiellement autorisée en Europe en 1998, puis aux Etats-Unis en 2002. Elle est aujourd’hui devenue la norme clinique pour le traitement des stades avancés de la maladie de Parkinson tels l’épilepsie, les tremblements et les contractions musculaires involontaires. On estime que cette méthode a déjà permis d’améliorer durablement la vie de plus de 150.000 personnes à travers le monde. C’est un espoir pour les 7 à 10 millions de malades de Parkinson, dont la plupart souffre de symptômes sévères les empêchant de mener une vie autonome.

Source : lesechos.fr