La poudrière hospitalière va péter

La mobilisation des agents des hôpitaux de Paris a permis de repousser à plus tard la remise en cause des jours de RTT ou plutôt la volonté des directeurs d’hôpitaux de faire glisser du temps de travail sur le temps personnel (transmissions, habillage, déshabillage, dépassements horaires…).

Tout le personnel hospitalier est confronté à cette même volonté et commence maintenant à exprimer son ras le bol et ce n’est qu’un début !

Tout a été fait pour réduire les dépenses de personnel de l’hôpital :
les salaires sont bloqués depuis 2010 ;
la précarité a augmenté de 60 % en dix ans (de 121 483 en 2000 à 193 793 en 2011, rapport d’information du Sénat, 23 juillet 2014 – voir*) ;
les déroulements de carrières sont ralentis ;
les droits les plus élémentaires sont quotidiennement bafoués ;
les rappels sur repos et congés sont devenus un mode de gestion ordinaire ;
les conditions de travail dégradées entraînent une augmentation continue des arrêts de travail pour raisons de santé ;
les heures supplémentaires ne sont ni payées ni récupérées.
Mais ça ne suffit pas

Aujourd’hui, les directions s’attaquent au temps de travail pour transférer une partie de celui-ci sur le temps personnel des agents. C’est le cas pour ceux qui travaillent en 12 heures et qui doivent rester jusqu’à 12h30 voire 13 heures en service, rémunérées 11h30 car les directions déduisent le temps de pause ou de repas que la plupart du temps les agents ne peuvent pas prendre.

Il en sera de même pour tout le reste du personnel qui voit réduire sa durée quotidienne de journée de travail.

À Paris, l’unité syndicale et la mobilisation du personnel ont permis d’obtenir l’arrêt de ce glissement. Mais ça ne suffira pas. Les objectifs du gouvernement, des ARS et des directeurs restent les mêmes : réduire les dépenses de personnel.

Observons le résultat sur l’AP-HP

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Étude FO présentée au ministère en 2013, d’après les bilans sociaux de l’AP-HP
les effectifs d’agents titulaires ont baissé de près de 5 % en 3 ans ;
les accidents de travail ont augmenté de 15 % ;
les maladies professionnelles ont augmenté de 13 %.
Tableau récapitulatif par thème à l’AP-HP

Commentaires : Les jours d’absence dus aux CLM / CLD sont supérieurs de 85 % à la moyenne des autres établissements et les accidents du travail, avec 2,8 jours par an et par agent, représentent presque le double de celui des autres établissements qui sont à 1,57.

Et ce n’est pas tout…

Les agents de la fonction publique hospitalière connaissent des contraintes physiques comparables à celles des salariés de l’agriculture ou du bâtiment (étude DARES analyses décembre 2014).

L’organisation du travail a été touchée par la réforme des 35 heures mais aussi par des réformes spécifiques au milieu hospitalier, comme la mise en place des pôles ou la tarification à l’activité. Les contraintes de rythme de travail y sont très élevées. (panorama des établissements de santé, édition 2014).

En 2010, l’enquête sur la surveillance médicale des expositions aux risques professionnels (SUMER) réalisée avec le concours des médecins du travail, avait également mis en avant les caractéristiques spécifiques des conditions de travail des agents de la fonction publique hospitalière (FPH) : horaires atypiques plus fréquents, plus grande exposition aux produits chimiques ou agents biologiques (les trois quarts des agents de la FPH étaient exposés à des agents biologiques contre un cinquième pour l’ensemble des salariés), morcellement des tâches et manque de moyens matériels adaptés et de collègues en nombre suffisant pour effectuer correctement le travail (Arnaudo et al., 2013).

Selon les derniers chiffres présentés par le ministère de la Santé et portant sur le bilan social des hôpitaux, le nombre moyens d’heures supplémentaires par agent non encore récupérées et non encore rémunérées représente l’équivalent moyen de 15 000 emplois.

Les conséquences sont graves sur la santé des agents.

(Étude SOFCAH : L’accident de travail dans les établissements hospitaliers, tendances 2013)

« La gravité des arrêts (durée des absences) poursuit sa progression (+ 31 % depuis 2008) et ce quelle que soit la nature de l’événement considéré.

Le nombre de jours d’arrêt par agent absent a connu une augmentation de 7 jours en moyenne depuis 2008. L’évolution de cette durée traduit de manière directe l’aggravation des arrêts en accident du travail constatée depuis plusieurs années ».

La hausse des arrêts maladies pour raison de santé représente l’équivalent de 10 000 emplois perdus en trois ans pour dépasser maintenant les 100 000 agents qui ne sont plus à leur poste de travail pour raison de santé au quotidien (étude FO-santé 2013 validée par le ministère de la Santé).

Alors, oui, il faut que la colère gronde. Que la poudrière hospitalière explose !

Rien n’arrêtera cette politique désastreuse si le personnel et peut-être la population ne s’élèvent pas.

Il faut arrêter ce massacre et imposer des débats sur les conditions de travail acceptables dans les hôpitaux !

C’est le but de l’appel à la mobilisation générale du jeudi 25 juin dans tous les hôpitaux de France par FO, la CGT et SUD.

Source :  Miroir Social // Rapport d’information de Jacqueline Gourault et Philippe Kaltenbach fait au nom de la commission des lois et de la commission pour le contrôle de l’application des lois n° 772 (2013-2014), 23 juillet 2014.